Le Garde-mots

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Gardimots

Libres propos du gardien.

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lundi 2 août 2010

La Terre vue du ciel

La Terre depuis Apollo 17

Photographie de la Terre prise depuis Apollo 17 (1972)

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vendredi 23 juillet 2010

Devinette

Quelle différence y-a-t-il entre un cendrier, une vache laitière et un Horvilleur ?

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lundi 28 juin 2010

Mauvais goût

Voici le secret le mieux caché du monde. Il paraît que quelque part au bout de notre banquise, il y a une race d’animaux un peu spéciale. Ils marchent sur leurs pattes arrière, modulent leurs cris grâce à une infinie variété de phonèmes, selon des règles précises qu’ils appellent grammaire, ont des activités bizarres, comme par exemple trafiquer le jus de raisin avant de le boire. Il paraît qu'ensuite ça leur monte à la tête et qu'ils sont joyeux. Ils se donnent eux-mêmes le nom d’hommes.

Ils ont de bien curieuses pratiques comme la psychologie, le roman, le théâtre, qui les aident, c'est du moins ce qu'ils prétendent, à comprendre leurs propres comportements. Ils regroupent leurs tanières à plusieurs étages dans des lieux appelés villes où ils s'entassent jusqu’à des hauteurs parfois vertigineuses.

Ils ont des opinions sur tout et une appellation spéciale pour chaque brin d’herbe, le plus petit insecte, les autres animaux. Nous, par exemple, nous sommes les ours. Hélas ils tuent certains d'entre nous et même ils nous dépècent. Chez eux la peau d’ours est un trophée qui a beaucoup de valeur.

Je sais où l’on peut trouver les hommes. Il y en a un peu sur notre banquise dans un village - une sorte d’accumulation de baraquements de toutes les couleurs à l'esthétique plutôt  douteuse. Souvenez-vous, l’an dernier j’ai disparu pendant une semaine. Je les observais de loin, protégé par ma blancheur. La nuit j’allais leur dérober de la nourriture. J’avais repéré un marchand de poisson. C’était facile à cause de l’odeur.

Je peux vous dire qu’ils ne sont pas aussi raffinés que nous. Figurez-vous, par exemple, qu’ils ont des machines dans lesquelles ils s’enferment pour se déplacer. Il en sort une fumée qui sent mauvais. Je me demande si ce n’est pas ça qui fait fondre notre banquise.

Ils ont aussi des longs bâtons qu'ils posent horizontalement sur une de leurs épaule, généralement la droite. S’ils les pointent dans votre direction vous êtes perdu. Il en sort, avec un grand bruit, une petite boule de métal capable de vous tuer. Ne vous approchez jamais de leur village sans une très bonne raison et toujours discrètement.

Si demain matin au réveil vous ne me voyez pas, ne soyez pas inquiets. J'ai envie de retourner chez les hommes. J’aimerais bien en manger un pour savoir quel goût ils ont.

lundi 7 juin 2010

Migraine

Ceci est une nouvelle policière. Attention, elle va très vite. Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais elle est déjà commencée, et d'ailleurs rien ne prouve que vous existerez encore quand je l'aurai terminée. Quand vous comprendrez il sera trop tard car elle est franchement diabolique.

Vous pensez peut-être que je commets une erreur en mettant en scène mon écriture... Au contraire c’est très exaltant.   Je vous conseille, d'ailleurs, de rester sur vos gardes. Je n'en suis pas à ma première tentative et vous savez  que ma stratégie a toujours réussi. Encore quelques lignes et vous serez hors d'état de nuire.

Vous ne me croyez pas ? Rien d’étonnant car je me contente de répondre à des questions que vous ne vous posez pas. Admettez, au moins, que je suis sincère. L'énigme, si je peux me permettre, n'est pas que vous soyez la victime, c'est la manière dont je vais me débarrasser de vous. Patientez,  l'essentiel est pour bientôt.

Analysons la situation. Nous avons un assassin, moi – une victime, vous. Il ne manque que le mobile et l’arme du crime.

Le mobile, c’est la douleur. Les coups de marteau. Mon cerveau qui tangue. Je souffre  par votre faute et, en même temps, apprenez que je ne peux plus vous souffrir. Heureusement, d'une manière ou d'une autre, vous allez retourner au chaos qui vous à vu naître. Un tour de langue et votre sort sera scellé.

L’arme du crime s’appelle anagramme. Vous allez voir comme elle est efficace - et d'action rapide. Vous figurez dans le titre de cette nouvelle, d’accord, mais apprenez qu'au dernier mot - il est imminent -  je mélangerai les lettres et vous aurez disparu. Pouvez-vous seulement l’imaginer ?

vendredi 21 mai 2010

Soumission chimique

Administration d'une substance psychoactive, généralement mêlée à une boisson, à l'insu de la victime. Le but recherché est une déshinibition, une modification de son état de conscience et de son comportement afin de commettre à ses dépens un vol, un acte de violence, un abus sexuel, un viol, un acte de pédophilie, voire un meurtre. Selon la gravité il s’agit d’un délit ou d’un crime. Les substances les plus fréquemment utilisées sont des tranquillisants, mais il peut s'agir également d'hypnotiques, d'anesthésiques (acide gamma-hydroxy-butyrique ou GHB, surnommé par les médias « la drogue du viol » ; hydrate de chloral ; kétamine), de plantes hallucinogènes, en particulier l’iboga, un bois sacré originaire du Gabon, utilisé dans le rituel bwiti. Les pratiques sont facilitées par l’existence des cyberpharmacies. Entre avril 2005 et mai 2006, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) a relevé pour la France 316 cas d’agressions par soumission chimique, dont 66 sur des femmes. L’agression sexuelle était le mobile dans 43% des cas, le vol arrivait en second avec 38%. Il n’est pas inutile de rappeler aux victimes potentielles qu’il ne faut jamais accepter un verre d’un inconnu, ni même d’une personne qui n’inspire pas confiance, et de garder toujours son verre à la main à l’occasion des « fêtes » et de la vie nocturne.

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lundi 17 mai 2010

Nu provençal

*

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lundi 10 mai 2010

En un rien de temps

La lumière est considérée, un peu partout sur la Terre, comme un phénomène naturel, explicable, nécessaire à la conservation des espèces. Chez nous, c’est différent. Nous devons nous en méfier car elle pourrait nous être fatale.

Les hommes ignorent tout de notre présence. Ils ne savent pas qu’un univers feutré, libre, sans complexe, existe  au sein de leurs cellules. Nous pensons et ils agissent : peut-être sommes-nous leur inconscient. Certains estiment que nous constituons le peuple véritable, incorporel et sans attache, et que la matière s’est imposée à nous, telle une enveloppe grossière, à l’instant du Big Bang. Avons-nous choisi, il y a treize milliards d’années, de coloniser l'univers en expansion, ou bien les humains, corps fragile et âme en errance, se sont-ils imposés à nous contre notre volonté ? Nul ne peut le dire.

Vous ne connaissez pas le mot année ? C’est celui qu’emploient les hommes pour mesurer le temps. Souvenez-vous : quand vous émergez d’entre leurs molécules, que vous tentez de vous matérialiser à leurs yeux, les événements s'enchaînent au lieu de coexister. Cette étrange mutation se nomme le temps. Les hommes discutent à l'infini sur ce qui sépare, chez eux, un mouvement d’un autre, une action de la suivante, autrement dit, ils parlent volontiers du temps et de sa principale application, le nombre d’années qu’il leur reste à vivre.

On ne peut parler de la mort sans faire intervenir le principe physico-lyrique de la lumière. La théorie en a été émise par Albert Perrin pour désigner un phénomène impalpable, inodore, sans saveur, invisible et qui menace l’univers non gravitationnel dans lequel nous vivons. Croyez-moi, c'est une chance pour nous, dans notre continuum et notre éternité, de pouvoir éviter la matière, la vérité, l’amour, les mauvaises rencontres, les affrontements, l’Évolution. Faisons tout pour conserver notre système, celui qui résiste à la causalité, ennemie du vide dans lequel nous résidons. Nous n'avons pas besoin non plus de la lumière. Il vaut mieux la fuir car elle est susceptible détruire la civilisation.

L'étrange principe qui la régit a été découvert par hasard. Perrin jouait, sur son violon muet, une musique, arythmique,  sans mesure ni tonalité. Une  merveille, comme lui seul sait en produire, quand, soudain, une corde céda. Manifestation jusque là inconnue, un bruit se fit entendre. Perrin sut qu’il venait de découvrir un phénomène issu de l'autre monde. Il parvint à le nommer car il avait déjà à son palmarès de longs séjours chez les hommes. Il en est toujours revenu intact et plus instruit. Le bruit sert aux hommes à se repérer dans leur environnement. Il est constitué d’unités de base assez curieuses, vibratoires, sans consistance, les sons. Ils s’en servent  pour savoir d’où vient le danger, un concept qu’ils affectionnent. Notre expert ne tient pas à répéter l’expérience, il vient de me le confirmer, encore moins à nous la faire vivre, mais il consent à la décrire afin que nous sachions comment nous en protéger. Pour lui le son est un phénomène dangereux. Il en est de même de la lumière qui s'autodétruit à chaque fois qu'elle produit de l'ombre - et risque de nous attirer dans son vortex.

Essayez d'imaginer en quoi consiste la lumière et ses sept composants, les couleurs. Elles sont à peine identifiables, inutiles et sans attrait.  Nous devons nous en méfier afin d'éviter le méchant processus du compte à rebours. Notre équilibre se situe plutôt dans l'intervalle entre les sons, entre les couleurs, là où s'élabore la pensée abstraite. L'intense vacuité est préférable à toute autre considération. Elle conditionne nos chances de survie.

Apprenons à nous méfier des hommes, en tout cas refusons de les imiter. Nous pouvons hanter leur réalité, vivre à travers leurs corps, explorer l’environnement instable dans lequel ils baignent mais, je vous en prie, que ce soit à leur insu et sans reproduire leurs erreurs Continuons à vivre dans nos trous noirs et l’univers sera bien gardé.

vendredi 30 avril 2010

Lire Vailland aujourd'hui ?

325000 francs

Couverture
Le snack-bar et la presse à injecter sont des nouveautés quand, en 1955,  Roger Vailland les utilise dans son roman 325000 francs. L'amour, l'ambition, le rythme infernal permettront-ils à Bernard Busard  de gagner la somme de 325000 francs avec laquelle il pourra  s'acheter un snack-bar et épouser sa belle ? D'après ses calculs, les trois huit, qu'il transforme en deux huit pour gagner du temps, l'aideront à emprunter au plus vite l'ascenseur social. Il n'aura besoin que de 187 jours de travail posté pour réussir. Ou bien la frénésie, la dette de sommeil, l'hostilité de certains auront-elles raison de ses doigts et de son avenir ?

On aime Vailland pour l'acuité de son regard, l'énergie qu'il met à mener son histoire jusqu'à son terme, son style direct et haletant. Témoin, cet autre livre, La Loi, pour lequel il reçut le prix Goncourt  en 1957 et dont Jules Dassin tira un très bon film.

La loi

Couverture
La loi est un jeu de la vérité dans lequel le pouvoir, le vin, les réparties à fleuret moucheté organisent, le temps d'une beuverie, les rapports humains. Pour l'esthétique, il y faut une victime  clairement désignée et qui doit perdre à tout prix. La règle s'applique également aux habitants de la petite ville de Manacore, où, de vexations en libations, toutes les tensions de l'Italie du Sud sont mises à nu. Cinquante après sa publication, ce livre tient toujours efficacement la route.

Si vous voulez en savoir plus sur Roger Vailland vous pouvez rejoindre les membres de la Selyre (Société des écrivains et du livre lyonnais et rhônalpins) et participer à une excursion (au départ de Lyon) le 2 octobre prochain dans le village où il a vécu.

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dimanche 18 avril 2010

Les noces d'or d'Éric-Emmanuel Schmitt

Sous les lambris dorés de la mairie centrale de Lyon, j'ai participé le 19 mars à la dictée publique organisée à l'occasion du mois de la francophonie, et préparée par Éric-Emmanuel Schmitt, qui d'ailleurs était présent.

À votre avis combien ai-je commis de fautes ?

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vendredi 9 avril 2010

Le voyant aveugle

*
Dans son autobiographie à l'écriture simple et sensible, Jacques Lusseyran accepte sa cécité, survenue au cours d'une bousculade en classe à l'âge de huit ans. Il va jusqu'a en bénir l'extravagance et à refuser les chemins balisés de compassion que la société lui assigne. C'est ainsi qu'il découvre la lumière intérieure, la chaleur de l'ombre, la joie, la beauté du monde.

Dans ce qu'il est convenu d'appeler sa « nuit » et qui n'en est pas une, les couleurs sont à la fête. L'Esprit le dédommage en lumière, en sons, en odeurs, en formes réelles, presque palpables. Les synesthésies l'aident à saisir ce qui l'entoure, à être en harmonie avec sa vie intérieure et à s'y mouvoir plus facilement que nous ne l'aurions imaginé.

Voici qu'en 1940 une implication totale dans la Résistance le plonge dans l'enfer de Buchenwald. Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans ce camp où la mort est une anecdote à peine remarquable tant elle se décline au quotidien,  la maladie le sauve de la peur et donc de sa propre mort.

Le livre s'arrête en 1945, au seuil de sa vie d'adulte. Il a vingt-et-un ans et une belle carrière universitaire devant lui. Il ne lui reste en fait que vingt-six ans à vivre : un  accident de voiture le fera disparaître, le privant - nous privant à jamais - de la carrière littéraire à laquelle il était, à l'évidence destiné.

* Jacques Lusseyran. Et la lumière fut. Collection Résistance/Liberté/Mémoire (1953), Réédition : septembre 2009. Éditions du Félin.

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