L'
antimoine est un métal blanc-bleu,
cassant, dont le minerai principal est la stibine. Il partage avec l'eau la
propriété d'être plus volumineux à l'état solide qu'à l'état liquide. Les dames
de l'Antiquité, principalement les Égyptiennes, se servaient d'une pâte à base
d'antimoine, en quelque sorte l'ancêtre du
khôl, pour noircir leurs cils et
leurs sourcils afin de rehausser l'éclat de leur regard. C'est le plus ancien
cosmétique connu. Hippocrate, Galien, Pline (qui le désigne sous le nom de
Stibium), Dioscoride, mentionnent dans leurs écrits l'usage de
l'antimoine. Il fut isolé et employé en tant que médicament par un moine
bénédictin du XVe siècle,
Basile Valentin, de
nationalité allemande, qui a voulu s'entourer de mystère. On sait peu de choses
sur lui, sinon qu'il était alchimiste, ce qui explique sans doute sa
discrétion. On pense même que le nom sous lequel on le connaît est un pseudo-
nyme. Il est curieux qu'un moine ait pu découvrir ... l'antimoine. La légende
prétend que Valentin, ayant appris que des porcs de sa région engraissaient
facilement lorsqu'on incorporait à leur alimentation les résidus d'un certain
minerai, eut l'idée d'en faire absorber, pour leur plus grand bien, à ses
frères en religion. En fait ceux-ci moururent. Il venait de découvrir les
dangers du "loup gris des philosophes" ; c'est de cette aventure que le métal
tirerait son appellation. L'antimoine fut remis en honneur un siècle plus tard
par Paracelse, un médecin suisse qui a laissé son nom dans l'histoire de
l'humanité. Il se servait de l'antimoine comme d'une panacée, c'est-à-dire un
médicament susceptible de guérir toutes les maladies. Par la suite une
controverse naquit : les médecins n'étaient pas tous du même avis sur l'intérêt
de son usage. Les disputes furent si violentes que le Parlement français
interdit l'antimoine. En 1666 la Faculté de Médecine de Paris, avec à sa tête
Guy Patin (1601-1672),
finit par admettre son efficacité et à le faire réhabiliter par le Parlement.
Son utilisation devint courante avec son inscription au Codex de 1638 et la
guérison de Louis XIV par cette médication. On s'en servait comme sudorifique
et émétique (pour faciliter les vo- missements). Ainsi presque deux siècles
furent nécessaires pour que le premier médicament chimique fit son entrée dans
la pharmacopée française.