Le Garde-mots

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vendredi 12 mars 2010

Légende urbaine

Récit largement diffusé par le bouche à oreille ou les réseaux informatisés, présenté comme authentique, augmenté au fur et à mesure qu’il circule, et qui livre une information inquiétante. En dernière analyse il s'agit d’une histoire inventée, véhiculée et « enjolivée » par les nombreuses personnes qui la racontent, références à l’appui, sans la vérifier, dans le but d’impressionner leurs interlocuteurs. Il arrive que le fait soit reconstruit à partir de prémisses réelles.

Les légendes urbaines parlent de violence, de menaces venant de l’étranger, de maladies impitoyables,  d’animaux dangereux, de technologies dont le contrôle échappe à leurs créateurs, d’entreprises tueuses, de personnages connus dont on apprend qu’ils sont des prédateurs sociaux ou les victimes de complots abominables, etc. Ces histoires ont la double caractéristique d’être effarantes et susceptibles d’arriver à tout le monde. Elles sont censées être détentrices de la vérité malgré les forces hostiles qui tentent de la dissimuler : « On nous cache tout, on ne nous dit rien », comme dans les sketches d’Anne Roumanoff.  Ce sont des marqueurs de l'irrationnel, actifs dans la conscience collective et qui élèvent celui qui s'en fait le rapporteur au rang d'initié.

Synonymes : affabulation (mensonge autour de faits réels), bobard (fausse nouvelle), bruit (rumeur en train de se répandre), cancan (bavardage malveillant), canular, commérage (propos futiles, souvent malveillants et colportant des faits inexacts), désinformation (mélange d'informations réelles et fausses, destiné à tromper), fable (sujet de conversations ironiques ou défavorables), fausse nouvelle, galéjade, idée reçue (idée toute faite, préjugé),  légende contemporaine (synonyme de légende urbaine),  on-dit (rumeur qui se répand dans l'opinion et dont l'origine et l'authenticité sont incertaines), ouï-dire (ce qui est connu et propagé par la rumeur publique), potin (bavardage médisant), racontar, (fait douteux colporté sans discernement), ragot (bavardage malveillant), rumeur (nouvelle qui se répand dans le public), théorie du complot (interprétation d’un événement comme étant sciemment orchestré par un groupe d'individus).

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lundi 15 février 2010

Vertugadin

Aux XVIe et XVIIe siècles, pièce vestimentaire sous forme de bourrelet, que les femmes portaient autour des hanches pour mieux faire bouffer leur robe. Le mot s’employait par métonymie à propos de la robe elle-même. De l’espagnol vertugado, vocable dérivé de verdugo, baguette verte avec laquelle on faisait le vertugadin, lui-même de verde, vert.


Dessin d'Ydel

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lundi 18 janvier 2010

Godillot

Chaussure montante portée par les soldats depuis le Second Empire jusqu’à la Première Guerre mondiale. Du nom d'Alexis Godillot  (1816-1893), fournisseur de l'armée, qui créa ce soulier. Il s’agit donc une antonomase. En dehors de ce contexte le mot s'emploie familièrement pour désigner une grosse chaussure. Il qualifie également, par allusion à la discipline militaire, un parlementaire qui vote sans discuter ce qu’on lui propose.

Dessin d'Ydel

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Synonymes et mots voisins : après-ski,  babouche, ballerine, basket, bateau, botte, bottillon, bottine, brodequin, charentaise, chausson, chaussure, cothurne, croquenot, écrase-merde, escafignon, escarpin, espadrille, galoche, godasse, grolle,  mocassin, mule, pantoufle, péniche, pompe, poulaine, ribouis, richelieu, sabot, sandale, savate, socque, sorlot, soulier, spartiate, tatane, tennis.

lundi 11 janvier 2010

Basoche

Dans le droit ancien, ce mot désignait l'ensemble des clercs d’avocats, de procureurs et de conseillers du Parlement qui fréquentaient les palais de justice, à Paris comme en province.  Il s'emploie familièrement de nos jours à propos des gens de loi. Peut-être du latin basilica, édifice public couvert où l'on rendait la justice. Synonymes et mots voisins : barreau, basochard (terme péjoratif utilisé  pour désigner les gens de la basoche), basochien (qui fait partie de la basoche), bazoche, cause grasse (fait inventé, dont les clercs de la basoche plaidaient la cause pour se divertir le jour de mardi gras).

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lundi 14 décembre 2009

Colifichet

Dessin d'Ydel

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Objet de fantaisie, sans grande valeur, inutile et plutôt de mauvais goût, utilisé pour la parure personnelle ou la décoration. Altération de coeffichier (XVe s.), lui-même dérivé de coiffe, désignant sans doute un accessoire de coiffure. Synonymes et mots voisins : affiquet, affûtiau, amusoire, babiole, bagatelle, bébelle (terme québécois), bibelot, bimbelot, bidule, breloque, bricole, brimborion, falbala, fanfiole, fanfreluche, freluche, frivolité, futilité, gadget, ornement futile, pernette, suivez-moi-jeune-homme, vistemboir.

lundi 16 novembre 2009

Drille

Personne,  individu, homme. S'emploie dans l'expression « joyeux drille », homme jovial, joyeux compagnon. Le mot désignait autrefois un soldat vagabond. On employait également les expressions « pauvre drille », « pauvre diable », « vieux drille ». Du moyen français soudrille, soldat vêtu de drilles (chiffons). Synonymes : bon vivant, gai luron, gaillard, roger-bontemps.

Au signal du plaisir,
Dans la chambre du drille
Tu peux bien entrer fille,
Mais non fille en sortir.
                Nerval, Faust.

Dessin d'Ydel

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vendredi 16 octobre 2009

Goguette

Dessin d'Ydel

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Ce mot ne s’emploie que dans l’expression être en goguette, c’est-à-dire « être d’humeur à faire la fête, tout en étant légèrement ivre ». De l'ancien français gogue, réjouissance, bonne humeur. On employait également autrefois l’expression chanter goguette, injurier quelqu'un. Au début du XIXe siècle les goguettes étaient des sociétés chantantes qui se produisaient dans les cabarets. La locution adverbiale à gogo (abondamment) et le mot goguenard (qui se moque en plaisantant) ont la même origine. Ce mot fait également penser au fameux air de La Traviata de Giuseppe Verdi Libiamo ne'lieti calici, buvons dans de joyeux calices. Synonymes : agape, bamboche,  beuverie, bombance, bombe, bringue, débauche, fête, foire, godaille, gogaille, noce, ribote.

lundi 14 septembre 2009

Spigélie

La spigélie, ou brinvillière, est une plante originaire des Antilles et de l'Amérique du Sud. Ses fleurs sont rouges en dehors, blanchâtres en dedans. Leur odeur est fétide et a un pouvoir somnifère. Les médecins l’utilisaient autrefois pour tuer les vers, d’où son nom savant de Spigelia anthelminthica, mais la pratique a été abandonnée car la spigéline qu'elle contient a une action convulsivante. Le nom de spigélie rappelle le souvenir d'un vieux botaniste, né en 1578 à Bruxelles, Adrien van den Spieghel, dit Spigelius.

Dessin d'Ydel

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vendredi 11 septembre 2009

La littérature en estampes

Dessin de Töpffer


« L'on peut écrire des histoires avec des chapitres, des lignes, des mots : c'est de la littérature proprement dite. L'on peut écrire des histoires, avec des successions de scènes représentées graphiquement : c'est de la littérature en estampes. »

Portrait de Töpffer
C'est ainsi que Rodolphe Töpffer (1799-1846), dessinateur, caricaturiste et écrivain suisse, décrit en 1845 l'art qu'il a inventé et que nous nommons aujourd'hui bande dessinée.  Il fut professeur de rhétorique, critique d'art, journaliste, directeur de pensionnat, membre du parlement du canton de Genève. Il est en outre l’auteur de romans, traités, récits de voyage et pièces de théâtre.

En 1827 il rédige à l’intention  de ses étudiants un album illustré, « Les Amours de monsieur Vieux-Bois ». Gœthe, qui a l'occasion de le feuilleter quelques années plus tard, est enthousiaste. L'ouvrage, publié en 1833, rencontre un succès immédiat. De nombreuses autres histoires en estampes, selon l'expression de l'époque, vont suivre. Töpffer est également le premier théoricien de la BD. Il écrit dans Essai de Physiognomonie (1845) : « Ce petit livre est d'une nature mixte. Il se compose d'une série de dessins autographiés au trait. Chacun de ces dessins est accompagné d'une ou deux lignes de texte. Les dessins, sans ce texte, n'auraient qu'une signification obscure ; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien. Le tout ensemble forme une sorte de roman d'autant plus original, qu'il ne ressemble pas mieux à un roman qu'à autre chose ».

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lundi 7 septembre 2009

Sim

Un grand amuseur public et comédien, Simon Berryer, dit Sim, a rejoint dimanche un autre firmament.

Je dînai dans un petit restaurant, habituellement très fréquenté, mais où ce soir d'octobre 2004, quatre ou cinq tables seulement étaient occupées. À l'une d'entre elles Sim, avec deux ou trois autres personnes. Que faites-vous dans ces cas là ? Rien. Vous n'allez tout de même pas déranger quelqu'un sous prétexte qu'il est drôle, très connu et que vous l'avez reconnu ? Enfin, personne ne l'a fait... jusqu'à ce que Sim se lève pour quitter les lieux. C'est à ce moment précis qu'un beauf', il n'y a pas d'autre mot, se lève avec précipitation et lui serre la main en débitant une interminable série de phrases creuses. Comme il y a peu de clients, il n'y a pas besoin de tendre l'oreille. La scène se passe à haute voix et tout le monde peut en profiter : « Monsieur Sim, je suis heureux de vous rencontrer...  Je vous admire... Je... bla... bla... », et ainsi de suite pendant deux minutes et plus. Voici la fin de la conversation. Bien entendu, je n'invente rien.

- Sim. Monsieur, puis-je vous demander une faveur ?
- Beauf. Mais oui...
- Sim. Auriez-vous l'amabilité de me rendre ma main ?

L'autre est bien obligé de s'exécuter. Il n'en abandonne pas, pour autant sa proie.

- Beauf. Et qu'est-ce que vous vous faites à Lyon ?
- Sim. Je tourne un épisode de Louis la Brocante [1]...
- Beauf. Ah bon ? Je croyais que vous étiez à la retraite.
- Sim. Oui, mais je suis un intermittent de la retraite...

Sim quitte le restaurant dans l'hilarité générale d'au moins douze personnes. Sans doute la plus petite audience qu'il ait jamais eue. Mais heureuse d'avoir assisté à un sketch  improvisé avec talent.
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[1] Cet épisode a été rediffusé dimanche soir par France 3.

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