Le Garde-mots

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lundi 17 mai 2010

Nu provençal

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lundi 10 mai 2010

En un rien de temps

La lumière est considérée, un peu partout sur la Terre, comme un phénomène naturel, explicable, nécessaire à la conservation des espèces. Chez nous, c’est différent. Nous devons nous en méfier car elle pourrait nous être fatale.

Les hommes ignorent tout de notre présence. Ils ne savent pas qu’un univers feutré, libre, sans complexe, existe  au sein de leurs cellules. Nous pensons et ils agissent : peut-être sommes-nous leur inconscient. Certains estiment que nous constituons le peuple véritable, incorporel et sans attache, et que la matière s’est imposée à nous, telle une enveloppe grossière, à l’instant du Big Bang. Avons-nous choisi, il y a treize milliards d’années, de coloniser l'univers en expansion, ou bien les humains, corps fragile et âme en errance, se sont-ils imposés à nous contre notre volonté ? Nul ne peut le dire.

Vous ne connaissez pas le mot année ? C’est celui qu’emploient les hommes pour mesurer le temps. Souvenez-vous : quand vous émergez d’entre leurs molécules, que vous tentez de vous matérialiser à leurs yeux, les événements s'enchaînent au lieu de coexister. Cette étrange mutation se nomme le temps. Les hommes discutent à l'infini sur ce qui sépare, chez eux, un mouvement d’un autre, une action de la suivante, autrement dit, ils parlent volontiers du temps et de sa principale application, le nombre d’années qu’il leur reste à vivre.

On ne peut parler de la mort sans faire intervenir le principe physico-lyrique de la lumière. La théorie en a été émise par Albert Perrin pour désigner un phénomène impalpable, inodore, sans saveur, invisible et qui menace l’univers non gravitationnel dans lequel nous vivons. Croyez-moi, c'est une chance pour nous, dans notre continuum et notre éternité, de pouvoir éviter la matière, la vérité, l’amour, les mauvaises rencontres, les affrontements, l’Évolution. Faisons tout pour conserver notre système, celui qui résiste à la causalité, ennemie du vide dans lequel nous résidons. Nous n'avons pas besoin non plus de la lumière. Il vaut mieux la fuir car elle est susceptible détruire la civilisation.

L'étrange principe qui la régit a été découvert par hasard. Perrin jouait, sur son violon muet, une musique, arythmique,  sans mesure ni tonalité. Une  merveille, comme lui seul sait en produire, quand, soudain, une corde céda. Manifestation jusque là inconnue, un bruit se fit entendre. Perrin sut qu’il venait de découvrir un phénomène issu de l'autre monde. Il parvint à le nommer car il avait déjà à son palmarès de longs séjours chez les hommes. Il en est toujours revenu intact et plus instruit. Le bruit sert aux hommes à se repérer dans leur environnement. Il est constitué d’unités de base assez curieuses, vibratoires, sans consistance, les sons. Ils s’en servent  pour savoir d’où vient le danger, un concept qu’ils affectionnent. Notre expert ne tient pas à répéter l’expérience, il vient de me le confirmer, encore moins à nous la faire vivre, mais il consent à la décrire afin que nous sachions comment nous en protéger. Pour lui le son est un phénomène dangereux. Il en est de même de la lumière qui s'autodétruit à chaque fois qu'elle produit de l'ombre - et risque de nous attirer dans son vortex.

Essayez d'imaginer en quoi consiste la lumière et ses sept composants, les couleurs. Elles sont à peine identifiables, inutiles et sans attrait.  Nous devons nous en méfier afin d'éviter le méchant processus du compte à rebours. Notre équilibre se situe plutôt dans l'intervalle entre les sons, entre les couleurs, là où s'élabore la pensée abstraite. L'intense vacuité est préférable à toute autre considération. Elle conditionne nos chances de survie.

Apprenons à nous méfier des hommes, en tout cas refusons de les imiter. Nous pouvons hanter leur réalité, vivre à travers leurs corps, explorer l’environnement instable dans lequel ils baignent mais, je vous en prie, que ce soit à leur insu et sans reproduire leurs erreurs Continuons à vivre dans nos trous noirs et l’univers sera bien gardé.

vendredi 9 avril 2010

Le voyant aveugle

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Dans son autobiographie à l'écriture simple et sensible, Jacques Lusseyran accepte sa cécité, survenue au cours d'une bousculade en classe à l'âge de huit ans. Il va jusqu'a en bénir l'extravagance et à refuser les chemins balisés de compassion que la société lui assigne. C'est ainsi qu'il découvre la lumière intérieure, la chaleur de l'ombre, la joie, la beauté du monde.

Dans ce qu'il est convenu d'appeler sa « nuit » et qui n'en est pas une, les couleurs sont à la fête. L'Esprit le dédommage en lumière, en sons, en odeurs, en formes réelles, presque palpables. Les synesthésies l'aident à saisir ce qui l'entoure, à être en harmonie avec sa vie intérieure et à s'y mouvoir plus facilement que nous ne l'aurions imaginé.

Voici qu'en 1940 une implication totale dans la Résistance le plonge dans l'enfer de Buchenwald. Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans ce camp où la mort est une anecdote à peine remarquable tant elle se décline au quotidien,  la maladie le sauve de la peur et donc de sa propre mort.

Le livre s'arrête en 1945, au seuil de sa vie d'adulte. Il a vingt-et-un ans et une belle carrière universitaire devant lui. Il ne lui reste en fait que vingt-six ans à vivre : un  accident de voiture le fera disparaître, le privant - nous privant à jamais - de la carrière littéraire à laquelle il était, à l'évidence destiné.

* Jacques Lusseyran. Et la lumière fut. Collection Résistance/Liberté/Mémoire (1953), Réédition : septembre 2009. Éditions du Félin.

vendredi 5 février 2010

Connotation

Contenu linguistique d'un mot en dehors de son sens courant. Au delà de sa définition conceptuelle un mot peut avoir un sens indirect, caché, subjectif, poétique, philosophique, culturel, implicite, familier, populaire, argotique, mythologique, scientifique, utilitaire... C'est le contexte qui détermine la connotations à retenir. Du latin connotatio, signification seconde, lui-même de notatio, action de marquer d'un signe. Antonyme : dénotation, qui correspond au sens objectif, minimal, rigoureux, invariant dans sa signification, à la définition telle qu'on la trouve dans un dictionnaire.

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vendredi 27 novembre 2009

Lumière et lumière

Le repas de la vie
Est si savoureux
Que certains le mâchent
En rêvant
*
La lumière va à la lumière
L'ombre au sentiment
Et le reste aux épices
*
Parfois
Le sel

vendredi 25 septembre 2009

Achromatopsie

Anomalie de la vision qui consiste en l'impossibilité de voir les couleurs. Elle résulte d’une maladie héréditaire très rare dans laquelle les cellules de la rétine spécialisées dans la détection du rouge, du vert et du bleu, et donc dans la vision des couleurs en général, les cônes, ne contiennent pas les pigments nécessaires. Les autres cellules, les bâtonnets, fonctionnent normalement mais ils ne permettent de voir qu’en noir, blanc et gris alors qu'un œil normal distingue environ 15 000 nuances. Dans le film Color of Night, de Richard Rush, le psychologue Bill Capa (Bruce Willis) est victime d’un traumatisme psychologique qui provoque chez lui un phénomène d’achromatopsie. Du grec a, préfixe privatif, khrôma, couleur et opsis, vue. Synonymes : achromasie, achromatisme. Mots voisins :  deutéranopie (inacapacité de voir le vert), daltonisme (trouble de la vue qui consiste en l'abolition de la perception de certaines couleurs, généralement le rouge et le vert), dichromasie (état de la vue dans lequel on ne perçoit que deux couleurs), dyschromatopsie (nom générique qui désigne les troubles de la perception des couleurs, particulièrement la difficulté à reconnaître les nuances), protanopie (incapacité de voir le rouge), trichomasie (état d'un œil qui perçoit normalement les trois couleurs fondamentales ), tritanopie (incapacité de voir le bleu).

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lundi 9 mars 2009

La traversée des apparences

De son enfance
Le vieil homme
Fait un rébus

Sans souci d'être
Ni d'avoir
Il cherche une ombre
À dessiner le temps

Un peuple naît
Du souvenir

Un nouveau destin
L'accompagne

Il faudra encore
Une planète
Et des miracles
Une vie ou plusieurs
Beaucoup de philosophie
Pour que la ligne de dérision
Atteigne aux circonstances

En attendant
Comme un dieu
sans attribut

Le vieil homme survit
À sa lanterne morte

Il boucle une dernière fois
Son périple parmi les âmes
Puis s’éclipse
Au sein des mondes allumés

vendredi 4 juillet 2008

Le rai de lumière

Champ
Jacques Oudot. 2005.
Le rai de lumière.

La vérité n'a pas de limite - ni intérieure, ni extérieure, ni réelle. Elle n'a pas de territoire, sinon elle-même, pas de prétention, pas de hasard. Quelques pigments et la lumière devient signe.

[Pour une rétrospective des œuvres de Jacques Oudot
figurant sur le Garde-mots cliquez sur le tableau.]

vendredi 20 juin 2008

Plaidoyer pour les couleurs

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
(Arthur Rimbaud, "Voyelles", 1870-1871)

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Mario Ponta. Repas traditionnel marocain.
Cliquez sur l'image pour découvrir le très beau site photographique de Mario Ponta.


Les couleurs sont partout. Nous avons la capacité d'en distinguer des milliers, pourtant nous ne sommes pas toujours sensibles à leur présence. Elles sont notre quotidien mais également le reflet de nos désirs. Elles résident en nous, sur nous, autour de nous. Elles sont à nous de toutes les manières : dans l'immédiat du monde, au cœur de nos actions et dans nos rêves. Du petit chaperon rouge à l'oie blanche, en passant par le cordon bleu, les petits hommes verts, l'avocat marron, les blancs-becs, les petits-gris, le rire jaune, la colère noire, la lanterne rouge, nous mettons des couleurs jusque dans nos pensées. Nos rêves en sont parés mais nous n'arrivons pas à les admirer autrement que dans un musée, un aquarium, un jardin ou un parc zoologique. Nous regardons avec dépit, méfiance ou inquiétude les feux rouges, les cartons jaunes, un œil au beurre noir, un bleu sur la peau, une arme blanche, une chemise brune et, pour mieux les oublier, nous nous lançons à la poursuite des arcs-en-ciel et de la vie en rose. La plupart du temps, cela va sans dire, nous faisons chou blanc. Telle que nous la percevons la couleur résulte de l'action conjuguée de la lumière, d'un objet et d'un observateur. Aucune perception colorée n'est possible en l'absence de l'un de ces trois partenaires. Autrement dit, si nous ne sommes pas présents il n'y a pas de couleur. En fait, on ne nous l'a pas assez dit : les couleurs n'existent pas. C'est ce qui fait leur mystère et leur charme.

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jeudi 29 mai 2008

Autochrome

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Plaque de verre recouverte de fécule de pomme de terre trichrome (teintée en rouge-orangé, bleu-violet et vert) et d'une émulsion noir et blanc composée de grains de bromure d’argent sensibles à la lumière. Cet ancêtre de la diapositive est le premier procédé de photographie en couleur, à verre unique, à positif direct (sans négatif), non reproductible. Il fut mis au point en 1903 par Louis Lumière et commercialisé en 1907. L'autochrome connut immédiatement et pendant les trente années qui suivirent un grand succès (jusqu’à 6000 plaques par jour en 1913). Il fut supplanté par le kodachrome (1935) et l'agfacolor (1936). Le temps de pose était assez long (une à plusieurs secondes). L'image était projetée à l'aide d'une lanterne ou regardée à l'œil nu par transparence.  Les tons pastels désaturés ne donnaient qu'un reflet impressionniste de la réalité, mais c’est justement ce qui nous émeut encore aujourd'hui.

Parmi les nombreuses références, il faut consulter Les Autochromes Lumière, Lyon 1903 (Scheibli Editions, 1997), de Nathalie Boulouch, maître de conférences en histoire de l'art contemporain, et spécialiste des autochromes depuis sa thèse sur le sujet. On peut également consulter  le livre de David Okuefuna Le monde en couleurs (Le Chêne, éditeur). On y retrouve le souvenir d’Albert Kahn (1860-1940) qui fut à la fois banquier, mécène, philanthrope et idéaliste. Sous le nom  Archives de la planète il organisa des campagnes de prises de vues qui lui permirent de réunir entre 1908 et 1932 une collection unique au monde de 72.000 autochromes, 4000 plaques stéréoscopiques et 161945 mètres de films. On peut également retrouver son œuvre au Musée Albert-Kahn de Boulogne-Billancourt.

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