Le Garde-mots

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dimanche 11 juillet 2010

Nympholepte

Ce nom était donné dans l’Antiquité aux personnes que l’on croyait inspirées par les nymphes (les divinités féminines personnifiant les forces vives de la nature) ou qui tombaient dans une sorte de frénésie après avoir vu une nymphe. D’après Plutarque il y avait un oracle au sommet du mont Cithéron dans l’antre des nymphes sphragitides. Les habitants du pays étaient possédés et étaient dits nympholeptes. Du grec nympholeptoi, lui-même de numphê, jeune mariée et leptein, saisir.

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vendredi 4 juin 2010

Contrapposto

Attitude d'un personnage dessiné, peint ou sculpté, dans laquelle l'une de ses deux jambes  porte tout le poids du corps, tout en restant en extension. L'autre jambe est libre et légèrement fléchie, ce qui fait ressortir la hanche et donne du dynamisme à la composition. Le tout est compensé par l'inclinaison inverse des épaules. Synonyme : hanchement.

Le contrapposto apparaît dans la sculpture grecque à la fin du VIe siècle av. J.-C. Il marque la transition entre l'art archaïque et le premier classicisme.

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vendredi 28 mai 2010

Turion

Botanique. Jeune pousse souterraine. Exemple : le turion de l'asperge, que l’on extrait à l’aide d’une gouge C’est la partie que l'on consomme après cuisson. Du latin turionem, jeune pousse. Synonyme : hibernacle.

L’asperge est connue depuis l’Antiquité. Les Grecs la vouaient à Aphrodite, déesse de l’amour et lui accordaient des propriétés aphrodisiaques. Elle était connue au Moyen Âge sous le nom d'esparge. Louis XIV aimait beaucoup les asperges. Il demanda à son jardinier Jean de la Quintinie d'en cultiver dans le potager royal.

Proust parle à plusieurs reprise des asperges dans son œuvre : « Je m’arrêtais à voir sur la table, où la fille de cuisine venait de les écosser, les petits pois alignés et nombrés comme des billes vertes dans un jeu ; mais mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outremer et de rose et dont l’épi, finement pignoché de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied - encore souillé pourtant du sol de leur plant - par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait un dîner où j’en avais mangé, elles jouaient, dans leurs farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum. » (Du côté de chez Swann).

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lundi 12 avril 2010

Toute œuvre d'art est un symptôme

Supposons que vous ayez un grain de folie, une araignée Araignée au plafond, une aimable fantaisie dans le regard intérieur.                                                                                                                                                                                                                                               *
Deux voies s'ouvrent à vous. Ou bien vous cultivez ce grain, vous l'arrosez d'alcool, vous le parfumez au cannabis, vous vendez votre âme aux cacahuètes, vous postulez pour le poste de postier post-moderne, vous adoptez une colonie de cafards, vous semez le délire aux quatre vents de la langue française, vous prenez des bains de lait de pipistrelle, vous vous déguisez en cimetière, vous exhibez vos parties zénithales, vous devenez la coqueluche des médias avec vos crimes à grand spectacle. Ou bien vous vous emparez d'un pinceau, d'un burin, de feuilles de musique, vous griffonnez des poèmes sur les supports les plus improbables, vous essuyez vos pensées sur le clavier d'un ordinateur à protons. Il en sortira un rêve incarné, un bouquet de soupirs, des poèmes en col Mao, une chanson balsamique, des romans génétiquement atrophiés, un dictionnaire à usage sidéral ou un chef d'œuvre.

Si vous aviez un cerveau hors limites comme Antonin Artaud, le facteur Cheval, Camille Claudel, Salvador Dalí, Guy de Maupassant, Frédéric Nietzsche, Robert Schumann, Vincent Van Gogh, quel chemin artistique choisiriez-vous ?
   
Jérôme Bosch (vers 1500).
        La nef des fous.

vendredi 12 février 2010

Mimesis

Nom féminin. Représentation de la nature au moyen de l'art. Ce terme est déjà employé dans ce sens dans La République de Platon et la Poétique d'Aristote. Il ne faut pas le confondre avec mimétisme, la tendance à imiter les gestes et attitudes, qui concerne le domaine  comportemental.

Mots voisins : ekphrasis (description littéraire, vive et complète d'une œuvre d'art),  poiesis (création). Antonyme : diégèse (qui consiste à raconter au lieu de montrer). 

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vendredi 11 décembre 2009

Pinacothèque

Nom donné aux musées de peinture en Italie et en Allemagne. Du grec pinakothêkê, salle contenant une collection de tableaux. Terme repris de Vitruve par Louis Ier de Bavière au XIXe siècle. Synonymes et mots voisins : cabinet de peintures, cartothèque, cimaise (mur d'une salle d'exposition de tableaux),  cinémathèque, classothèque (lieu où l’on classe des documents), clichothèque (lieu où sont archivés les clichés), collection, dépôt, (lieu où l'on dépose une œuvre ou un document afin de les conserver), diathèque (lieu où l’on entrepose des diapositives),  exposition, expôt  (unité élémentaire mise en exposition dans un musée, quelle qu'en soit la forme), galerie (salle aménagée pour une exposition), glyptothèque (musée dédié aux pierres gravées, synonyme : dactyliothèque),  lithothèque (collection d'échantillons de roches) magnétothèque (lieu où l'on entrepose des bandes magnétiques), mappothèque (collection de cartes géographiques), musée, muséographie (description des musées et de leurs collections), muséologie (science de la conservation et de la présentation des œuvres d’art), muséum, (musée spécialisé dans les sciences de la nature) photothèque, sonothèque (lieu où l'on archive des enregistrements de bruits et d'effets sonores), vernissage (inauguration d'une exposition), vidéothèque.

Raphaël/Transfiguration
Raphaël. La Transfiguration.
Peinture à tempera sur bois (1518- 1520)

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vendredi 31 juillet 2009

Père ou repère ?

Qui oserait traiter Picasso d’imitateur se tromperait lourdement. S’il reprend les idées de Velasquez, Ingres, Delacroix,  Manet,  Van Gogh, Pissarro et de bien d’autres, il n’en est pas moins pleinement Picasso. Il l'affirme d'ailleurs à sa manière : « Qu’est-ce qu’un peintre ? C’est un collectionneur qui veut se constituer une collection en faisant lui-même les tableaux qu’il aime chez les autres. Il est avant tout parfaitement lui-même. »

Après Cézanne en Provence en 2006, le musée Granet d’Aix-en Provence abrite jusqu’au 27 septembre  l'exposition Picasso Cézanne, à travers 114  de leurs œuvres (91 Picasso, 23 Cézanne). Certes il n'y a pas les grands classiques, mais quelques œuvres majeures sont tout de même présentées. Nous pouvons ainsi découvrir ce que Picasso, sans jamais perdre le fil de sa propre créativité, doit à Cézanne. Il le considérait comme son seul maître et l’appelait « Monsieur Cézanne ». Picasso a vécu deux ans au château de Vauvenargues, au pied de la montagne Sainte-Victoire, sans essayer de la peindre, par égard pour son aîné. « J’habite chez Cézanne » aimait-il à dire. Ils ne se sont jamais rencontrés, mais Pablo possédait quatre toiles de Paul.

Cézanne cherche avant tout l’harmonie  des couleurs et des formes. Sa « peinture couillarde » comme il la nomme, repousse les limites de la perspective, faisant de lui le précurseur du cubisme. Picasso a repéré ces lignes de force mais il ne reproduit pas, pour autant, les peintures de Cézanne. Son inspiration est beaucoup plus subtile – et maîtrisée. Libérateur de l’univers pictural et artiste de génie, il les prolonge jusqu’à interpeller notre sensibilité la plus secrète. La peinture n’est plus pour lui un instantané mais un instant simultané où le mouvement intérieur révèle notre véritable nature, où toutes les couches d’un objet ou d’un visage nous sont révélées à grands traits (triviale comparaison : un peu comme les calques de Photoshop).

Picasso et Cézanne ont tous les deux le goût de la géométrie et le génie de la composition. Si l’on veut leur trouver une différence, Cézanne peint l’essence du visible et Picasso celle de l’invisible. Cézanne indique le chemin qui mène jusqu’à nous. Picasso l’empreinte et poursuit la route.

En un raccourci saisissant, cette exposition présente les deux phares de l’art moderne, entre lesquels la filiation est certaine. Au deuxième étage, il ne faut pas manquer les photos de David Douglas Duncan, Picasso au château de Vauvenargues. Puis, avant de sortir,  parcourir le fonds du musée Granet pour reposer son œil parvenu au seuil de l'impossible.

Picasso

Cézanne. Gardanne. 1886. Picasso. Vauvenargues II. 1959.

vendredi 26 juin 2009

Ecphrasis

Représentation d’une œuvre d’art (peinture, motif architectural, sculpture, objet d'orfèvrerie, tapisserie) sous forme d'une description littéraire vive et complète. Du grec, ekphrazein, exposer en détail.

La première ecphrasis de la littérature universelle est la description par Homère dans l'Iliade du bouclier d'Achille forgé par le dieu Héphaïstos.  L'arme défensive a été fabriquée à la demande de Thétis,  sa mère, non pas pour protéger Achille, mais « pour que tous soient émerveillés » quand le destin fera de lui un héros, ce qui arrivera à l'occasion de la guerre de Troie.

L’ecphrasis fascine depuis l’Antiquité dans la mesure où elle est la transcription de signes visuels en signes linguistiques.

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lundi 22 juin 2009

Valentine de Milan

Valentine de Milan
Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d'Orléans.
Fleury-Richard.

Huile sur toile. Musée de l'Ermitage. Saint-Pétersbourg. 1802.


Cet étrange et fascinant tableau représente Valentine Visconti (1366 -1408), dite Valentine de Milan, fille d’Isabelle de France et de Galéas II Visconti. Elle pleure son époux Louis Ier, duc d'Orléans, fils du roi de France Charles V et frère de Charles VI le Fou. Mariés depuis 1389, ils ont eu quatre enfants dont Charles d'Orléans, futur poète. Jean Ier, duc de Bourgogne, dit Jean sans Peur, a fait assassiner son cousin et rival politique Louis à Paris, le 23 novembre 1407 à sa sortie de l'hôtel Barbette, rue Vieille-du-Temple, dans le quartier du Marais. Louis d'Orléans s'opposait au projet du duc de Bourgogne d'annexer l'Artois et la Flandre. En l'éliminant Jean sans Peur a déclenché une sanglante lutte pour le pouvoir qui se transformera rapidement en guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons. Elle n'aura de fin que 30 ans plus tard avec la signature du traité d'Arras (1435).

Valentine est inconsolable. La devise qu'elle a fait graver sur les murs du château de Blois, où elle s'est retirée, en est témoin: «  Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien », autrement dit « Je ne me soucie plus de rien ». Elle ne survivra d'ailleurs qu’un peu plus d’un an à son époux.

Le charme désuet - le charme certain – de ce tableau est en adéquation avec la scène qu'il représente. Le peintre a situé son modèle dans l’embrasure d’une fenêtre, ce qui lui permet d’introduire une lumière latérale à la manière des maîtres hollandais du XVIIe siècle. Savamment dosée, cette lumière nous révèle une femme brisée, au regard perdu, prisonnière du sort que la vie lui a réservé. En habit noir du XVe siècle, assise sur un coussiège, repliée sur elle-même, elle incarne, dans ce décor austère mais raffiné, la mélancolie et le deuil sans fin.

La composition du tableau est savante. Le « cadre dans le cadre » (le rectangle périphérique) en est la principale originalité. Valentine se tient près de la fenêtre, comme si elle attendait indifféremment le retour de son mari ou la mort. La diagonale du bord du rideau vert et celle - plus virtuelle - du lévrier qui la console, se croisent en pleine lumière, ce qui laisse une petite place à l'espoir. Au sommet de la composition la vouivre (biscione en italien) est le symbole de la maison des Visconti et de la ville de Milan. Au centre, un parchemin et un livre, semblent nous dire que la connaissance divine aura bientôt raison de la vie terrestre de Valentine.

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lundi 23 février 2009

La vierge

La vierge

Gustav Klimt. La vierge.
1912-1913
  Galerie Nationale (Narodni Galerie), Prague.


Klimt nous attire dans la spirale sans fin de son bouquet de femmes et de fleurs. Par cette composition où nous mêlons notre vertige au sien, il fait de nous les co-auteurs de sa toile, à moins que, plus finement, caressant son sujet à grands traits de couleurs, lui assignant des gestes précis, il ne soit, grâce à nous, le spectateur de ses propres émotions.

Le centre de gravité de la toile se situe dans sa partie supérieure, de telle sorte que la vierge  est plus près du ciel que de la terre. Les corps entremêlés ne figurent pas les poses de diverses jeunes filles, mais les multiples attitudes d'une seule, un peu comme dans un phénakistiscope arrêté. Est-elle endormie ou en transe  ? Repliée sur elle-même ou, comme les derviches tourneurs, ouverte aux mouvements de l'imaginaire ? Le peintre ne montre pas le désir ni le plaisir de cette femme idéale, mais plutôt son épanouissement par la danse. À moins que… Si l’on insiste du regard sur les deux corps de la partie inférieure du tableau, l’un à gauche, l’autre à droite, on découvre qu’ils symbolisent les jambes écartées de la jeune fille, et que sa robe est un gigantesque phallus orné de fleurs. Ici comme ailleurs, Klimt unit circularité et linéarité, féminin et masculin, peinture et décoration.

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