Le Garde-mots

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 13 janvier 2012

Aponie

Épicure nomme ainsi l’absence de douleur physique. Pour lui, la plénitude du plaisir est atteinte lorsqu’on associe l’aponie, état de quiétude corporelle, et son équivalent sur le plan de l'âme, l’absence de douleur morale, ou ataraxie. Du grec aponia, de a, privatif et ponos, activité pénible, exigeant un effort. Ne pas confondre ce mot avec l'aporie, difficulté logique insurmontable, ni avec l'aphonie (extinction de voix).

vendredi 6 janvier 2012

Déconstruction

Opération métaphysique qui consiste à repérer les éléments qui structurent un texte et à les confronter. On découvre ainsi, non seulement des tensions et des différences, mais également des ruptures, des contradictions, des apories, des écarts implicites entre les mots et les concepts. La déconstruction refuse les cloisonnements. Elle montre assez facilement, en partant du principe que les textes n’ont pas de signification fixe, qu’ils expriment souvent autre chose que ce qu’ils semblent vouloir dire. Pour Jacques Derrida (1930-2004), qui forgea le mot  en 1967 dans son ouvrage De la grammatologie, la déconstruction c’est « plus d'une langue ».

Cette herméneutique ne relève pas de la critique littéraire mais de la philosophie. Omniprésente, la déconstruction permet de critiquer l’autorité des textes. Elle exhume l’impossible à l’œuvre dans un texte apparemment stable.

Du latin dis, indiquant la séparation, et constructio, construction.

Lire la suite...

lundi 14 novembre 2011

Éristique

Terme de philosophie qui désigne l’art de la controverse. Un des participants acquiert peu à peu la maîtrise du dialogue. Il cherche à triompher, même lorsqu’il est dans son tort, en utilisant tous les moyens à sa disposition. Plus que la vérité, c’est son apparence qui doit l’emporter. La méthode est plus rude que la dialectique, échange symétrique dans lequel il est question de convaincre par le dialogue, chacun réfutant l’opinion de l’autre en faisant appel à sa raison. Le mot peut s’employer également de manière péjorative pour désigner l’art des raisonnements spécieux et des arguties sophistiquées. Du grec eristikê (technê), art de la controverse, de eristikos, qui aime la controverse, lui-même de eris, querelle.

Le terme ne doit pas être confondu avec heuristique, la science qui étudie la découverte des faits.

Lire la suite...

lundi 5 septembre 2011

Cacouacs

Nom que les adversaires des encyclopédistes leur donnaient par dérision au XVIIIe siècle. Du grec kakos, mauvais.

Lire la suite...

lundi 29 août 2011

Chiliogone

Terme de géométrie. Polygone convexe régulier possédant mille côtés. Du grec khílioi, mille et gônía, angle. Synonymes : chiliagone, chiligone, kiliogone, kilogone.

Descartes utilise cet exemple pour évoquer les difficultés de l’entendement, en particulier la différence entre l’intellect et l'imagination. L’esprit peut aisément concevoir un objet alors que les sens ont du mal à le représenter :

« Que si je veux penser à un chiliogone, je conçois bien à la vérité que c'est une figure composée de mille côtés, aussi facilement que je conçois qu'un triangle est une figure composée de trois côtés seulement ; mais je ne puis pas imaginer les mille côtés d'un chiliogone comme je fais les trois d'un triangle, ni pour ainsi dire les regarder comme présents avec les yeux de mon esprit. » (René Descartes, Méditations métaphysiques, Sixième méditation).

Lire la suite...

lundi 11 avril 2011

Voltaire était-il déiste ou théiste ?

L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger.
                                                    (Voltaire)

*
Comme la plupart des philosophes du siècle des Lumières Voltaire était déiste. Il reconnaissait l’existence d'un être suprême et se méfiait des religions qui divisent les hommes. D’ailleurs il utilise le mot dans sa Lettre au docteur Pansophe. Certes, dans son Dictionnaire philosophique il emploie le mot théiste mais dans le sens de déiste. La distinction entre les deux mots n’interviendra qu’avec Kant :

Le théiste est un homme fermement persuadé de l’existence d’un Être suprême aussi bon que puissant, qui a formé tous les êtres étendus, végétants, sentants, et réfléchissants; qui perpétue leur espèce, qui punit sans cruauté les crimes, et récompense avec bonté les actions vertueuses.
Le théiste ne sait pas comment Dieu punit, comment il favorise, comment il pardonne; car il n’est pas assez téméraire pour se flatter de connaître comment Dieu agit; mais il sait que Dieu agit, et qu’il est juste. Les difficultés contre la Providence ne l’ébranlent point dans sa foi, parce qu’elles ne sont que de grandes difficultés, et non pas des preuves; il est soumis à cette Providence, quoiqu’il n’en aperçoive que quelques effets et quelques dehors; et, jugeant des choses qu’il ne voit pas par les choses qu’il voit, il pense que cette Providence s’étend dans tous les lieux et dans tous les siècles.

Réuni dans ce principe avec le reste de l’univers, il n’embrasse aucune des sectes qui toutes se contredisent. Sa religion est la plus ancienne et la plus étendue; car l’adoration simple d’un Dieu a précédé tous les systèmes du monde. Il parle une langue que tous les peuples entendent, pendant qu’ils ne s’entendent pas entre eux. Il a des frères depuis Pékin jusqu’à la Cayenne, et il compte tous les sages pour ses frères. Il croit que la religion ne consiste ni dans les opinions d’une métaphysique inintelligible, ni dans de vains appareils, mais dans l’adoration et dans la justice. Faire le bien, voilà son culte; être soumis à Dieu, voilà sa doctrine. Le mahométan lui crie: « Prends garde à toi si tu ne fais pas le pèlerinage de la Mecque! » « Malheur à toi, lui dit un récollet, si tu ne fais pas un voyage à Notre-Dame de Lorette! » Il rit de Lorette et de la Mecque; mais il secourt l’indigent et il défend l’opprimé.


Voltaire a d’ailleurs écrit une prière à Dieu : « Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps... » (la suite est ici). Son déisme ne l'empêche pas de vitupérer contre l'Église et de reprendre à son propos la formule du marquis Jean-Baptiste de Boyer d'Argens « écraser l'infâme », c'est-à-dire l'intolérance fondée sur le dogme.

Sur son domaine de Ferney il fit construire une petite église avec, sur le porche, une dédicace où l'on peut lire : « Deo erexit Voltaire », « Érigé à Dieu par Voltaire », alors que les églises sont habituellement dédiées à des saints. « Voltaire » y est écrit en plus gros caractères que « Deo ».
[Vous pourrez lire ces mots en direct
le samedi 24 septembre 2011
en suivant ce lien]

lundi 4 avril 2011

Libertin

Personne aux mœurs très libres et qui s'adonne sans retenue aux plaisirs de la chair. Du latin libertinus, affranchi, esclave qui vient d’être libéré, lui même de liberare, libérer. Synonymes et mots voisins : arsouille, bambocheur, blasé, bon vivant, cavaleur, charnel, cochon, corrompu, coureur, crapuleux, cynique, débauché, dépravé, dérangé, déréglé, désordonné, dévergondé, dévoyé, dilettante, dissipateur, dissipé, dissolu, don Juan, drille, fêtard, fripouille, godailleur, goliard, grivois, immoral, impudique, incontinent, indécent, ivrogne, jouisseur, lascif, libidineux, licencieux, lovelace, luxurieux, mauvais sujet, noceur, paillard, passionné, perdu, pervers, polisson, porc, putassier, relâché, ribaud, ribleur, riboteur, roué, ruffian, satyre, sauteur, sensuel, sybarite, truand, vaurien, verrat, vicieux, viveur, voluptueux.

Lire la suite...

vendredi 25 mars 2011

Déisme

Attitude individuelle qui consiste à admettre l'existence de Dieu sans pour autant adhérer à un dogme ni pratiquer un culte. Il s’agit d’une position philosophique qui n’accepte ni la révélation (la connaissance religieuse acquise de source divine), ni les prophéties, ni les miracles. Les théologiens utilisent le terme de manière péjorative pour désigner ceux qui ne pratiquent pas. Ils s’opposent autant au déisme qu’à l’athéisme. Du latin deus, dieu.

Synonymes et mots voisins : adoration (culte rendu à Dieu), agnosticisme (position selon laquelle il est impossible d’affirmer ou de nier l’existence de Dieu), anagogie (élévation de l’âme vers les choses divines), dévotion (attachement aux pratiques religieuses),  dogmatisme (doctrine qui affirme la capacité de l’homme à atteindre des vérités certaines et absolues), enthousiasme (état de ferveur religieuse, transport divin), extase (union intime avec Dieu), foi (fait de croire en Dieu), gnose (doctrine promettant à ses adeptes la connaissance de Dieu par une révélation intérieure), illuminisme (doctrine mystique de ceux qui, au XVIIIe siècle,  cherchaient l’illumination intérieure), impiété (rejet de la religion), incroyance (absence de conviction religieuse), irréligion (manque de conviction religieuse),  mysticisme (union intime de l’homme et de Dieu), nihilisme (doctrine selon laquelle rien n'existe au sens absolu), piété (attachement fervent à Dieu), pharisaïsme (piété scrupuleuse), pyrrhonisme (scepticisme absolu prôné par Pyrrhon d’Élis), quiétisme (doctrine mystique qui, au XVIIe siècle, plaçait l’idéal chrétien dans l’abandon au pur amour de Dieu), religiosité (attirance pour la religion), scepticisme (mouvement philosophique qui érige le doute en système), spiritualisme (doctrine qui proclame la supériorité de l'esprit sur la matière), théisme, théogonie (ensemble des dieux d’une religion polythéiste), théosophie (système ésotérique visant à la connaissance de Dieu par l'élévation de l'esprit), vénération (attachement profond à Dieu).

lundi 31 janvier 2011

Précaution

Mesure que l'on prend dans le but d’éviter un désagrément ou un danger. Du bas latin praecautio, mesure de prudence, lui-même de praecavere, se tenir sur ses gardes, lui-même de prae, pré- et cavere, faire attention.

Synonymes et mots voisins : aléa, circonspection (retenue  que l'on observe dans ses paroles ou ses actions), clairvoyance, considération, défiance, discernement, disposition, menace, ménagement,  mesure, péril, pondération, prédiction, prévention (ensemble des moyens destinés à éviter un événement), prévision, prévoyance, probabilité, pronostic, prophylaxie (ensemble des moyens destinés à prévenir les maladies), prudence, risque, vigilance.

Lire la suite...

vendredi 19 novembre 2010

Cratylisme

Théorie selon laquelle les noms utilisés pour désigner les mots, en particulier sur le plan phonique, ont un lien direct avec leur signification, un peu comme dans le cas des onomatopées. La forme et le contenu  du mot sont en quelque sorte de même origine et de même nature.

En établissant un rapport entre le son et la signification le cratylisme attribue ainsi un caractère naturel, quasi religieux, à l’étymologie, suggère l’hypothèse d’une langue universelle, idéalise la juste façon de nommer les choses. On retrouve une idée voisine avec le mythe de la Tour de Babel (Dieu punit les hommes de leur prétention à construire une tour qui monterait jusqu'au ciel en les dispersant et en les faisant parler diverses langues au lieu de la langue unique qu'ils employaient jusque là). On pourrait presque remonter au premier verset de l'évangile de Jean « Au commencement était le verbe » puisque les mots sont censés mimer la réalité. Les auteurs de la Renaissance, Rabelais en tête, ont éprouvé un vif intérêt pour le cratylisme. De nos jours le poète suisse Ferenc Rákóczy en fait même l'acte fondateur de tout processus poétique.

Mots voisins : iconicité (ressemblance naturelle entre le signe et ce qu’il signifie), langage (système de signes vocaux et graphiques destiné à l'expression de la pensée et à la communication entre les hommes), langue (système de signes vocaux et graphiques permettant la communication entre les individus au sein d’une même communauté), parole (usage concret du langage articulé dans le but d'exprimer ses pensées et ses sentiments), sémantique (étude de la signification des unités d'une langue),  signe (unité linguistique constituée d'une partie physique, matérielle, le signifiant, et d'une partie abstraite, conceptuelle, le signifié), signifiant (part matérielle, sonore ou visuelle, du signe), signifié (part conceptuelle, sémantique du signe).

Le terme fait référence au dialogue de Platon, le Cratyle, dans lequel l’un des interlocuteurs de Socrate, Cratyle, défend la thèse d’une relation motivée entre les mots et les choses. Pour lui, les mots sont attribués aux choses de manière symbolique et figée par le « Législateur ». L’autre personnage, Hermogène, ne croit qu’à l’arbitraire des mots (comme le fera plus tard Ferdinand de Saussure), dont les noms sont établis par convention entre les hommes ; autrement dit il n’y a pas de lien entre un son et ce qu’il signifie.

Lire la suite...

- page 1 de 4