Callibistrys
Par le gardien le vendredi 21 septembre 2007, 00:00 - Singumots - Lien permanent
Rabelais utilise ce mot pour désigner le sexe (au sens d'organe) féminin1. Si l'on en croit le linguiste roumain Lazar Saineanu (1859-1934), callibistrys était employé dans la vallée de l'Yères (fleuve côtier du pays de Caux). Il s'agirait d'un hybride composé du mot français caille et du mot du dialecte angevin bistri, bonde. On en trouve une trace, avec une vague définition, dans le Glossaire du patois normand de Louis du Bois sous le nom de callibristis.
Dans Pantagruel, chapitre XV, Panurge affirme que les murailles de Paris constituent une défense assez faible contre d'éventuels ennemis. Il propose de les couvrir de callibistrys pour que les canons d'en face attrapent la vérole.
Je voy que les callibistrys des femmes de ce pays sont à meilleur marché que les pierres. D'iceulx fauldroit bastir les murailles, en les arrengeant par bonne symmeterye d'architecture et mettant les plus grans au premiers rancz, et puis, en taluant à doz d'asne, arranger les moyens et finablement les petitz, puis faire un beau petit entrelardement, à poinctes de diamans comme la grosse tour de Bourges, de tant de bracquemars enroiddys qui habitent par les braguettes claustrales.
Quel Diable defferoit telles murailles ? Il n'y a metal qui tant resistast aux coups. Et puis, que les couillevrines se y vinsent froter, vous en verriez (par Dieu !) incontinent distiller de ce benoist fruict de grosse verolle, menu comme pluye, sec au nom des diables. Dadvantaige, la foudre ne tumberoit jamais dessus ; car pourquoy ? Ilz sont tous benists ou sacrez.
Je n'y voy qu'un inconvenient.
- Ho, ho, ha, ha, ha ! dist Pantagruel, et quel ?
- C'est que les mousches en sont tant friandes que merveilles, et se y cueilleroyent facillement et y feroient leur ordure : et voylà l'ouvrage gasté. Mais voicy comment l'on y remediroit : il fauldroit très bien les esmoucheter avecques belles quehues de renards, ou bons gros vietz d'azes de Provence. Et, à ce propos, je vous veux dire (nous en allans pour soupper) un bel exemple que met Frater Lubinus, libro De compotationibus mendicantium.
Que les dévoreuses de machos, les guerrières de la pensée féministe, les championnes de la paire de chromosomes XX ne m'en veuillent pas. Rabelais emploie le même mot pour désigner le sexe masculin2 au chapitre XVI :
Une foys, à l'issue du palays, à la Grand Salle, lors que un cordelier disoit la messe de Messieurs, il luy ayda à soy habiller et revestir ; mais en l'acoustrant il luy cousit l'aulbe avec sa robbe et chemise, et puis se retira quand Messieurs de la Court vindrent s'asseoir pour ouyr icelle messe. Mais quant ce fust à l'ite missa est, que le pouvre frater se voulut devestir son aulbe, il emporta ensemble & habit & chemise qui estoient bien cousuz ensemble, et se rebrassit iusques aux espaules monstrant son callibistris à tout le monde, qui n'estoit pas petit: sans doubte. Et le frater tousiours tiroit, mais tant plus ce descouvroit il, iusques à qu'ung de messieurs de la court dist. Et quoy ce beaupere nous veult il icy faire l'offrande et bayser son cul? le feu sainct Antoine le bayse. Et des lors feut ordonné que les pouvres beatzperes ne se despouilleroyent plus devant le monde, mais en leur sacrifice, mesmement quand il y auroit des femmes, car ce leur seroit occasion de pecher du peché d'envie.
Au chapitre VI il y a aussi une liste de livres imaginaires :
"Et trouva la librairie de Sainct Victor fort magnificque, mesmement d'aulcuns livres qu'il y trouva, desquelz s'ensuit le repertoyre, et primo :
(…) Callibistratorium Caffardie, actore M. Jacobo Hocstratem, hereticometra."
Si vous voulez voir une image très parlante de callibistris, cliquez ici.
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[1] Voici une liste de synonymes. Cependant vous devez savoir que vous êtes ici sur un blog élitiste. Plus exactement il est ouvert à tout sauf à la vulgarité, vous ne trouverez donc pas tous les mots que vous attendez, seulement les plus imagés (notez la fréquence de la métaphore culinaire): abricot, amande, as de cœur, atelier de vénus, aumônière, berlingot, bijou, biribi, blason, bonbonnière, brèche, bréviaire d'amour, brocoli, chatière, chaudron, choupinette, cigale, conil, conque, coquille, corbillon, crèche, cresson, dédale, écrevisse, écu, étau, étui, figue, fontaine du plaisir, fourreau, fraise, losange, mercantoufle, moule, mousseron, nature, nénuphar, pachole, papelardinet, pâquerette, zigouigoui. Si vous désirez en (re)connaître plus cliquez ici.
[2] Pour un juste retour des choses voici des synonymes au masculin, parmi ceux qui ont leurs lettres de noblesse (ici également il y a une grande abondance de provisions de bouche) : aiguillon, andouillette, anguille, arbalète, ardillon, article, asperge, asticot, attila, aubergine, baïonnette, bambou, banane, baobab, barre à mine, bâton, bigoudi, biniou, bonheur des dames, boudin, braquemard, burette, calibre, carotte, cervelas, chalumeau, charles-le-chauve, chasse-mouche, chipolata, chopine, cierge, cigare, clarinette, cobra, colosse, concombre, coquette, courgette, crayon, criquet, cure-dent d'Auvergne, cyclope, dard, écouvillon, engin, épée, flageolet, flambeau, flamberge, flûte, glaive, goupillon, gourdin, guiche, joujou des demoiselles, limace, macaroni, manche, mandrin, marteau à boules, matraque, membre, menhir, mentule, merguez, nœud, nouille, obélisque, outil, pain de sucre, périscope, pic, pieu, pilon, pinceau, poireau, polard, popaul, quenelle, radis, rouleau de printemps, sabre, salami, salsifis, saucisson, tige, trombone, zigounette, zizi. Pour développer votre culture par analogie, cliquez ici.
L'Almanach 2010 du Garde-mots]





Commentaires
Merci pour ces excellentes pages d'humour rabelaisien. L'infortuné cordelier monstrant son calibre triste à tout le monde m'a bien fait rire.
Pour ma part, callibistrys me fait penser à callipyges (belles fesses) et à byssus (fibre sécrétée par la moule). :-))
C'est vraiment innocent cette conclusion ?
Et ce n'est pas une blague ! Cette liste de déviances est un véritable régal pour le collectionneur de mots.
Un commentaire ci-dessus m'incite à créer un nouveau mot "psittaweb" qui pourrait désigner le fait de reproduire de site en forum des choses lues sur internet sans en vérifier l'authenticité (ni l'orthographe).
"Iambé... essaya de dérider Déméter en lui récitant des vers bouffons et obscènes et Baubô, la vieille nourrice sêche.... poussa des gémissements comme si elle allait accoucher et, d'une manière tout à fait inattendue, elle tira de dessous sa jupe le propre fils de Déméter, Iacchos, qui sauta dans les bras de sa mére et l'embrassa." - Les Mythes Grecs - Robert Graves, 24d, page 101-102 du tome 1 dans la collection Pluriel publiée par la librairie Fayard.
Après cette rectification, permettez moi d'ajouter un (bon ?) mot. Baubophilie : affection récente apparue à la mairie de Paris.
[Note du gardien : en grec psittakos est le mot qui désigne le perroquet].
Le Garde-mots est un dictionnaire subjectif. Je vérifie ce que j'écris, et souvent ce que mes visiteurs déclarent, mais je ne saurais valider quoi que ce soit de manière absolue. Quand Dandylan est passé par ici avec le mot "baubophilie" je n'en avais jamais entendu parler (du mot, je veux dire). J'ai fait une rapide vérification dans Wikipedia et ça semblait coller. À la suite de ta remarque je suis allé à la recherche de Baubô et j'ai trouvé cette étude magistrale d'un auteur que j'apprécie beaucoup, le professeur Tobie Nathan : la version que cautionne involontairement Dandylan remonte à un des pères de l'Église, Clément d'Alexandrie.
Curieux sujet d'études pour un père de l'Eglise pas toujours de bonne foi ;-)
Merci pour le lien, excellent article en effet.
Vous voulez un exemple d'intégrisme ? J'ai ça aussi. Lisez d'abord mon billet Irénisme puis cliquez ici. Vous apprendrez que je suis un blogueur stalinien.