Poussée dans ses retranchements l’autoréférence acquiert de curieuses lettres de noblesse, comme dans le paradoxe d'Épiménide, dû à Héraclite. Épiménide le Crétois affirme que tous les crétois sont menteurs. S'il est crétois, il est menteur, on ne peut donc le croire quand il dit que les crétois sont menteurs. Conclusion : méfions-nous des généralisations.

L’autoréférence a quelque chose d’unique. C’est un point de vue qui se justifie lui-même, une courbe imaginaire qui prolonge son action jusqu'à devenir un cercle fantôme, une spirale du discours que rien n’empêche d’avoir raison. Ce n’est pas un simple effet mais un retour sur soi dans l’action et le plaisir du raisonnement.

La conscience est autoréférente, puisqu'elle décide pour nous de notre ouverture au monde. La pensée, du moins quand elle s'affirme avec force, l'est également. Faisons-nous autre chose que de l’autoréférence quand nous affirmons quelque chose, et c'est notre humble quotidien,  en dehors du système des sciences ? En émergeant d’entre les animaux pour s’approprier la Terre, l’Homme s’est engendré lui-même en tant qu’être humain. Il n’y a pas d’alternative pour expliquer le monde : l’autoréférence ou Dieu.

Escher
Pour en savoir plus on (re)lira avec plaisir  Gödel, Escher, Bach publié en 1979 par le physicien américain Douglas Hofstadter. À partir d’exemples tirés des dessins sans fin du graveur néerlandais Maurits Escher, de la logique de l’indécidable de l’autrichien Kurt Gödel et de la musique de Jean-Sébastien Bach, ce livre fait de l’autoréférence un des critères essentiels de l’humain. Il est lui-même structuré dans une forme autoréférente.

[N.B. Il y a une autoréférence parmi les mots soulignés de ce billet. Après l'avoir trouvée vous pouvez vérifier votre hypothèse en cliquant ici.]