Cet adjectif peut être employé comme un nom. Il désigne alors le monde qui, dans notre esprit, se substitue à la représentation de la réalité. L’imaginaire est un espace de pensée dans lequel nous pouvons recréer à volonté les êtres, les choses, les événements, et les faire évoluer dans un univers qui nous ressemble. Il nous est loisible de leur attribuer des caractéristiques exceptionnelles,  dépassant les simples données de la science, de les lancer dans des actions fictives qui répondent  à notre besoin de repousser les limites du temps, de l'espace et de la causalité. Nous pouvons ainsi, à notre guise,  nous changer en justiciers, en célébrités, en coupables, en magiciens, en sauveurs de l'humanité, faire preuve de toute-puissance ou de légèreté, renoncer temporairement et à moindre frais à investir la condition humaine.


Salvador Dalí.
Apparition du visage de l'Aphrodite de Cnide dans un paysage (1981).

L'imaginaire n'est pas une simple collection d’images mais une action intérieure en perpétuel mouvement. Il se veut le siège d’une créativité permanente liant  entre elles des intentions et des espérances, les faisant agir au besoin sur notre  intimité. Il nous pousse à croire que nous pouvons modifier sans frais nos comportements, nos choix de vie, nous inventer une histoire parallèle.

L'imaginaire nous aide à interroger le réel, avec lequel il nous arrive - par jeu ou curiosité - de le confondre. Nous le modelons selon notre désir, l’appel de notre subjectivité, notre insatiable besoin de nous situer sur l'échelle des valeurs. Ce petit jeu nous permet  de fabriquer des images nouvelles, des visions, des illusions parfois, et de mieux sacrifier par ce biais à notre propre altérité. Nous y associons nos rêves, nos intentions, nos mythes. Avec lui, nous sommes en voyage avant même de quitter le port. L’imaginaire ne relève qu’en partie de notre nature et de notre culture. Il est en lui-même un programme qui nous anime et nous permet d’échapper au quotidien.

Cette fiction agissante, qui pallie les insuffisances du visible, est un « plus », une réalité interprétative, un refuge. Il ressemble au monde tel que nous le percevons, avec ses plaisirs et ses dangers, ses couleurs et ses ombres, ses gloires, ses défaites  tout en le dépassant. Grâce à lui l'univers se met en mouvement et paraît nous obéir comme s'il nous appartenait.

Dans l'imaginaire les sentiments et les pensées sont authentiques, alors que les sensations relèvent de l'apparence. Contrairement à ce qu’on est tenté de croire l’imaginaire n’est pas notre maître. Le scientifique l'élimine de son modèle expérimental. Le poète y puise son inspiration, l’anthropologue et le philosophe en font leur champ d’étude.

L’imaginaire est un autre réel, un réel au delà du réel qui nous permet d‘échapper à nous-mêmes tout en restant profondément humains.