Le mot est laid, en tout cas dur à l’oreille, et il suscite en nous un mouvement de répulsion, de dégoût, d’aversion. Essayons, malgré tout, de faire naître la beauté. Passons, pour cela, en revue les substantifs qui évoquent des odeurs désagréables.

Empyreume

Goût et odeur déplaisante que contractent les substances animales ou végétales soumises à l'action d’un feu violent. Odeur de brûlé. Étymologie: du grec empureuma, dérivé de empureuein, enflammer, lui-même de pûr, feu. Et comme l’écrit si noblement Paul Valéry, dans La Pythie :

    Étourdie, ivre d’empyreumes,
    Ils m’ont, au murmure des neumes [1],
    Rendu des honneurs souterrains.

        [1] Neumes : signes de la notation musicale du plain-chant au Moyen Âge.

Exhalaison

Se dit d’une odeur qui se dégage d'un corps ou d’un lieu. Du latin halare, dégager une odeur désagréable. Voyons comment Baudelaire utilise ce mot dans Une charogne  :

    Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
    Ce beau matin d'été si doux :
    Au détour d'un sentier une charogne infâme
    Sur un lit semé de cailloux,

    Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
    Brûlante et suant les poisons,
    Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
    Son ventre plein d'exhalaisons.

Faganat

En parler lyonnais, odeur de renfermé.

Fétidité

Caractère de ce qui dégage une odeur répugnante. Du latin foetidus, qui sent mauvais.

    Ce livre me tue ; je n'en ferai plus de pareils. Les difficultés d'exécution sont telles que j'en perds la tête dans des moments. On ne m'y reprendra plus, à écrire des choses bourgeoises. La fétidité du fonds me fait mal au coeur. (Extrait d’une lettre de Flaubert à Louise Colet, 16 avril 1853, à propos d’Emma Bovary).

Fraîchin

Forte odeur de marée, généralement ressentie comme désagréable. Du moyen français freschume, odeur de poisson frais, lui-même du francique frisk.

    Une odeur fade et coupante de fraîchin (Sartre).

Halitose

Mauvaise haleine dont l'origine ne vient pas de la bouche, mais de l'estomac ou des bronches.

Infection

Odeur infecte. Du latin infectus, infect, lui-même de inficere, souiller.

    Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
    À cette horrible infection,
    Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
    Vous, mon ange et ma passion !

        (autre extrait d’Une charogne de Baudelaire)

Méphitisme

Qualité des gaz non respirables et des vapeurs malfaisantes.

    Pour (...) respirer, chacun avait son tour (...), vous refaisiez le tour de la cave, laissant à chaque défilé, dans les ténèbres et le méphitisme du fond, des tombés, des asphyxiés, des morts (Goncourt, Journal).

Miasme

Gaz putride provenant de matières organiques en décomposition. Les miasmes étaient considérés, avant la découverte des microbes, comme les agents des maladies infectieuses et épidémiques. Du grec miasma, souillure. Balzac vient ici à notre secours :

    Enfin, peu soigneux de sa personne, Philippe exhalait les miasmes de l’estaminet, une odeur de bottes boueuses …

       (La Rabouilleuse, Balzac)

Mofette

Mot vieilli. Gaz irrespirable des lieux souterrains, et principalement des mines. De l’allemand muff, moisissure.

    Lavoisier put établir que l'air se décompose en air vital, l’oxygène, et en air vicié et méphitique, ou mofette, qu’il rebaptisa azote. Il écrit : « Ainsi, le mercure en se calcinant avait absorbé la partie salubre et respirable de l'air, la partie restante étant une sorte de mofette, incapable d'entretenir la combustion et la respiration. »

Ozène

Inflammation chronique du nez avec atrophie de la muqueuse nasale, et dont le principal symptôme est une odeur fétide rappelant celle de la punaise écrasée. Synonyme : punaisie. Du verbe grec ozein, qui exhale une odeur.

    Punaisie ou ozœna, n’est autre chose qu’un ulcère profond et puant, qui est au dedans du nez, duquel sortent plusieurs croûtes de mauvaise odeur (Ambroise Paré).

Pestilence

Forte épidémie de peste. Par extension et exagération, miasme putride, odeur infecte. Du latin pestilentia, lui-même de pestis, peste.

    Dictateur : chef d'une nation qui préfère la pestilence du despotisme à la plaie de l'anarchie. (Ambrose Bierce, Le dictionnaire du Diable)

Puanteur

Odeur nauséabonde, repoussante. Du latin putere, puer.

    Il est des trépassés de diverse nature :
    Aux uns la puanteur avec la pourriture,
    Le palpable néant,
    L'horreur et le dégoût, l'ombre profonde et noire
    Et le cercueil avide entr'ouvrant sa mâchoire
    Comme un monstre béant.

        (Théophile Gautier)

Punaisie

Synonyme d’ozène. Du latin putinasius, qui sent mauvais. Voir ce mot.

Putréfaction

Processus de décomposition des matières organiques animales ou végétales sous l'action de ferments microbiens avec production de substances toxiques et de gaz fétides. Du latin putrefactio, corruption d’une matière organique.

    La vie est une pourriture sacrée. Nous ne pouvons vivre sans faire alliance avec les forces souveraines de la putréfaction (Georges Duhamel).

Putrescence

Qualifie ce qui est en voie de putréfaction. Du latin putrescere se gâter, se corrompre.

    Tout ce qui jusqu'à présent l'avait porté, ses sentiments, sa fierté, son insouciance, sa joie, tout s'en allait à vau-l'eau, tournoyait sous ses yeux, flétri, terni, pourri, emporté dans un magma de boues et de débris putrescents. (Blaise Cendrars, Les Confessions de Dan Yack).

Relent

Odeur de moisi. Mauvais goût que contracte une viande enfermée dans un lieu humide. Mauvaise odeur persistante. Du latin lentus, tenace, visqueux, avec le préfixe de renforcement re qui exprime le fait que les objets ainsi qualifiés sont restés longtemps enfermés dans ce lieu.

    C’était une tiédeur complexe, intraduisible, défiant l’analyse ; un méli-mélo de tous les relents, le fond de bock, le fond de culotte, le fond de pipe (Georges Courteline, Le train de 8 h 47).


Sans compter :

• Les adjectifs : dégoûtant, écœurant, empuanti, empyreumatique, fétide, fort, infect, malodorant, méphitique, miasmatique, nauséabond, nidoreux, pestilentiel, puant, punais, putrescent, putride, rance, repoussant, vireux.
• Les verbes : cocotter, cogner, dégager, emboucaner, empester, empuantir, exhaler, fouetter, haléner, puer, schlinguer, sentir.
• Les substantifs qui, accompagnés d’un adjectif approprié, acquièrent une connotation négative : arôme, dégagement, effluence, effluve, émanation, fragrance, fumet, haleine, odeur, parfum, senteur, souffle, sui generis, vapeur
• Le substantif odeur lorsqu'il est accompagné d’un complément de nom, comme par exemple les odeurs de cave, de croupi, de moisi, de putois, ou tout autre qualificatif plus ou moins incommodant que vous voudrez bien employer.

BinetteReconnaissez que la richesse du français confine à la beauté. Elle nous donne un plaisir gourmand, même avec ces mots qui heurtent notre sens de l’olfaction. Alors, à votre avis, elle est pas belle, ma langue ?

[pour Christine
qui trouve des qualités à ce mot
au point de l’avoir glissé dans un poème intitulé
Frêle esquif]

[Retrouvez ce billet dans L'Almanach 2009 du Garde-mots]