Remugle (à lire en se pinçant le nez)
Par le gardien le vendredi 9 février 2007, 00:00 - Singumots - Lien permanent
Empyreume
Goût et odeur déplaisante que contractent les substances animales ou végétales soumises à l'action d’un feu violent. Odeur de brûlé. Étymologie: du grec empureuma, dérivé de empureuein, enflammer, lui-même de pûr, feu. Et comme l’écrit si noblement Paul Valéry, dans La Pythie :
Étourdie, ivre d’empyreumes,
Ils m’ont, au murmure des neumes [1],
Rendu des honneurs souterrains.
[1] Neumes : signes de la notation musicale du plain-chant au Moyen Âge.
Exhalaison
Se dit d’une odeur qui se dégage d'un corps ou d’un lieu. Du latin halare, dégager une odeur désagréable. Voyons comment Baudelaire utilise ce mot dans Une charogne :
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Faganat
En parler lyonnais, odeur de renfermé.
Fétidité
Caractère de ce qui dégage une odeur répugnante. Du latin foetidus, qui sent mauvais.
Ce livre me tue ; je n'en ferai plus de pareils. Les difficultés d'exécution sont telles que j'en perds la tête dans des moments. On ne m'y reprendra plus, à écrire des choses bourgeoises. La fétidité du fonds me fait mal au coeur. (Extrait d’une lettre de Flaubert à Louise Colet, 16 avril 1853, à propos d’Emma Bovary).
Fraîchin
Forte odeur de marée, généralement ressentie comme désagréable. Du moyen français freschume, odeur de poisson frais, lui-même du francique frisk.
Une odeur fade et coupante de fraîchin (Sartre).
Halitose
Mauvaise haleine dont l'origine ne vient pas de la bouche, mais de l'estomac ou des bronches.
Infection
Odeur infecte. Du latin infectus, infect, lui-même de inficere, souiller.
Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
(autre extrait d’Une charogne de Baudelaire)
Méphitisme
Qualité des gaz non respirables et des vapeurs malfaisantes.
Pour (...) respirer, chacun avait son tour (...), vous refaisiez le tour de la cave, laissant à chaque défilé, dans les ténèbres et le méphitisme du fond, des tombés, des asphyxiés, des morts (Goncourt, Journal).
Miasme
Gaz putride provenant de matières organiques en décomposition. Les miasmes étaient considérés, avant la découverte des microbes, comme les agents des maladies infectieuses et épidémiques. Du grec miasma, souillure. Balzac vient ici à notre secours :
Enfin, peu soigneux de sa personne, Philippe exhalait les miasmes de l’estaminet, une odeur de bottes boueuses …
(La Rabouilleuse, Balzac)
Mofette
Mot vieilli. Gaz irrespirable des lieux souterrains, et principalement des mines. De l’allemand muff, moisissure.
Lavoisier put établir que l'air se décompose en air vital, l’oxygène, et en air vicié et méphitique, ou mofette, qu’il rebaptisa azote. Il écrit : « Ainsi, le mercure en se calcinant avait absorbé la partie salubre et respirable de l'air, la partie restante étant une sorte de mofette, incapable d'entretenir la combustion et la respiration. »
Ozène
Inflammation chronique du nez avec atrophie de la muqueuse nasale, et dont le principal symptôme est une odeur fétide rappelant celle de la punaise écrasée. Synonyme : punaisie. Du verbe grec ozein, qui exhale une odeur.
Punaisie ou ozœna, n’est autre chose qu’un ulcère profond et puant, qui est au dedans du nez, duquel sortent plusieurs croûtes de mauvaise odeur (Ambroise Paré).
Pestilence
Forte épidémie de peste. Par extension et exagération, miasme putride, odeur infecte. Du latin pestilentia, lui-même de pestis, peste.
Dictateur : chef d'une nation qui préfère la pestilence du despotisme à la plaie de l'anarchie. (Ambrose Bierce, Le dictionnaire du Diable)
Puanteur
Odeur nauséabonde, repoussante. Du latin putere, puer.
Il est des trépassés de diverse nature :
Aux uns la puanteur avec la pourriture,
Le palpable néant,
L'horreur et le dégoût, l'ombre profonde et noire
Et le cercueil avide entr'ouvrant sa mâchoire
Comme un monstre béant.
(Théophile Gautier)
Punaisie
Synonyme d’ozène. Du latin putinasius, qui sent mauvais. Voir ce mot.
Putréfaction
Processus de décomposition des matières organiques animales ou végétales sous l'action de ferments microbiens avec production de substances toxiques et de gaz fétides. Du latin putrefactio, corruption d’une matière organique.
La vie est une pourriture sacrée. Nous ne pouvons vivre sans faire alliance avec les forces souveraines de la putréfaction (Georges Duhamel).
Putrescence
Qualifie ce qui est en voie de putréfaction. Du latin putrescere se gâter, se corrompre.
Tout ce qui jusqu'à présent l'avait porté, ses sentiments, sa fierté, son insouciance, sa joie, tout s'en allait à vau-l'eau, tournoyait sous ses yeux, flétri, terni, pourri, emporté dans un magma de boues et de débris putrescents. (Blaise Cendrars, Les Confessions de Dan Yack).
Relent
Odeur de moisi. Mauvais goût que contracte une viande enfermée dans un lieu humide. Mauvaise odeur persistante. Du latin lentus, tenace, visqueux, avec le préfixe de renforcement re qui exprime le fait que les objets ainsi qualifiés sont restés longtemps enfermés dans ce lieu.
C’était une tiédeur complexe, intraduisible, défiant l’analyse ; un méli-mélo de tous les relents, le fond de bock, le fond de culotte, le fond de pipe (Georges Courteline, Le train de 8 h 47).
Sans compter :
• Les adjectifs : dégoûtant, écœurant, empuanti, empyreumatique, fétide, fort, infect, malodorant, méphitique, miasmatique, nauséabond, nidoreux, pestilentiel, puant, punais, putrescent, putride, rance, repoussant, vireux.
• Les verbes : cocotter, cogner, dégager, emboucaner, empester, empuantir, exhaler, fouetter, haléner, puer, schlinguer, sentir.
• Les substantifs qui, accompagnés d’un adjectif approprié, acquièrent une connotation négative : arôme, dégagement, effluence, effluve, émanation, fragrance, fumet, haleine, odeur, parfum, senteur, souffle, sui generis, vapeur
• Le substantif odeur lorsqu'il est accompagné d’un complément de nom, comme par exemple les odeurs de cave, de croupi, de moisi, de putois, ou tout autre qualificatif plus ou moins incommodant que vous voudrez bien employer.
Reconnaissez que la richesse du français
confine à la beauté. Elle nous donne un plaisir gourmand, même avec ces mots
qui heurtent notre sens de l’olfaction. Alors, à votre avis, elle est pas
belle, ma langue ?qui trouve des qualités à ce mot
au point de l’avoir glissé dans un poème intitulé
Frêle esquif]





Commentaires
Hmmmm je viens de TOUT lire, j'ai ouvert la fenêtre, jeté mes ordures et ... je crois que je vais aller prendre une douche, nettoyer méticuleusement mes oreilles, mes narines et mes doigts de pieds ;-)) Merci Garde pour ces éclaircissements concernant les qualificatifs donnés à ce qui fait frémir nos ... vibrisses ;-)
Remugle => masculin ou feminin?
dumby
Tout cela m'a l'air passablement méphitique.
Tu as raison. Je modifie donc le titre de mon billet et j'y ajoute méphitisme.
En ce qui concerne "ozène" et le verbe "ozein" (puer), il est bon rappeler que le neutre du participe de ce verbe donne "ozone" (puant) qui, curieusement protège l'humanité. Pourtant, le "trou" dans sa couche stratosphérique menace tout le monde, pas d'émanations mais de radiations.
Merci pour ces deux vers holorimes.
Certains aspects de la technicité pédagogique,tels le "schéma narratif", "la situation d'énonciation" et son cortège de déictiques peuvent exhaler quelque remugle plus délétère que délectable, pour certains esprits rétifs aux contorsions formelles -voire stériles- et trouvant leur essor créatif, à partir de règles simples,clairement énoncées,et intangibles.Mais ce n'est qu'un avis...
CITATION:
Le zig qui pilote notre jeep est un grand rouquin pas rasé, pas lavé, qui pue comme une étable de 36 boucs (...) Moi, de Wilky (...) et du marécage je saurais pas dire lequel fouette le plus fort. J'aurais des boules quiès, c'est dans les narines que je me les enfournerais. C'est vrai ça: on n'a pas commercialisé des trucs pour s'obstruer les fosses nasales. On se protège du bruit, pas des odeurs (...) La poudre de Guerlin-pinpin, elle t'embellit les trous de pif, mais t'as quoi pour combattre les remugles? Les désodorants? Combat inégal. C'est la lutte du pot de terre contre le port de merde. L'unique moyen de se préserver radicalement des miasmes, c'est de se neutraliser l'odorat...
Extrait (illustratif et parfumé) de "Appelez-moi chérie" par San-Antonio.
Ce bon Frédéric ... Il trempait sa plume un peu partout ... J'ai croisé une fois son regard en lui faisant signer un livre.
Je ne connaissais pas le mot nidoreux. Merci beaucoup. Naturellement, je l'ajoute dans la liste des adjectifs.
j'ajoute le mot halitose (haleine fetide)
Je viens d'ajouter halitose dans le billet. La définition vient du dictionnaire Garnier-Delamare.
Dans les années 67-68, un des plus célèbres slogans des étudiants allemands était :
Unter den Talaren
Muff von tausend Jahren
(Sous les robes noires des profs
Puanteur millénaire)
la bromidrose (du grec bromos puanteur) est assez redoutable
j'ai connu un vieux docteur qui accusait nombre de ses patientes d'exhaler des odeurs ursines.
Le docteur aurait pû dire aussi hircines, mais s'il était gynéco, fraîchin aurait été en parfaite adéquation avec la situation !