Médianoche
Par le gardien le vendredi 10 avril 2009, 00:00 - Singumots - Lien permanent
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,
A genoux, cinq petits - misère ! -
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l'enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.
Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,
Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,
Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils se ressentent bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu'ils sont là tous,
Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,
Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,
Si fort, qu'ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d'hiver.
Arthur Rimbaud




Commentaires
Ce matin je me suis dit:
Ah ouiche!
Encore un mot de Pantruche,
Quelque part vers Ménilmuche,
Ce médianoche?
Mais nenni! C'est un souper pour les riches,
Inventé par Anne d'Autriche,
Reine des bamboches!
C'est pour ceux qui ont l'artiche,
Ceux qui s'appellent entre eux: "Ma biche!"
Pas pour les moches!
Mais j'espère bien qu'un soir tout proche,
On s' dira: "Quelque chose cloche!"
Ce s'ra un grand médianoche!
"Blackblock Blechtrommel".
Bravo. Ça sonne comme du Jehan Rictus.
Ce serait si fastoche
De fair(e) la médianoche
Avec Juliett(e) Binoche
.
Mais le monde est si moche
Que nos trous dans les poches
laissent voir nos bouloches
.
Alors qu'avenue Foch
Le roi de la quint(e) flush
P(e)lote un(e) bell(e) pair(e) de loches
Les marmots De Rimbaud
Me rappellent ceux du plateau
Dont je voudrais dire un mot
Un atelier de la Croix Rousse à Lyon donnait quelques sous aux enfants qui ramassaient les crottes de chien lesquelles servaient à nettoyer les cuirs. Les gones allaient alors au soupirail d'une biscuiterie où ils échangeaient les piécettes contre une pleine casquette de miettes de gâteau balayées par l'apprenti.Ce n'était pas medianoche,mais bien avant le passage des âniers .A la mémoire de Pépé Léon.
Traduction du parler lyonnais : l'ânier est le conducteur du tombereau qui ramasse les équevilles, pardon, les balayures et déchets.
Merci pour ce témoignage . Il a tout naturellement sa place dans le Garde-mots.
Film poche au cinoche, vidéos, DC, livres, journaux, médias moches. Vendredi, aller bambocher à la discothèque me semble une royale idée. Ze:D
Mais Diane hoche !
"Le Médianoche amoureux" : superbe nouvelle de Michel Tournier
«Il n'y a de bonne intimité que crépusculaire.»
Les EFFARES souvenir de poésie d'école!
Longtemps j'en ai recherché l'auteur, je pensais que c'était Hugo et puis à Paris dans un bus au hasard d'une rencontre, une institutrice l'a rendu à Rimbaud!
Moi aussi j'ai appris ce poème à l'école. Je sais encore par cœur les trois premières strophes.