Boris Cyrulnik  se drogue à l’EPO

Boris CyrulnikInterrogé le 12 janvier 2008 par Anna Lietti, du journal suisse Le Temps sur la capacité de l'être humain à renaître après un cataclysme existentiel, autrement dit sur la résilience, l'éthologue Boris Cyrulnik, reconnaît, à la fin de l'entretien, qu’il se drogue à l’EPO. Extrait :

- Que vous souhaitez-vous pour les dix prochaines années ?

- Une belle vie de famille comme aujourd'hui, avec les enfants, les petits-enfants, et la famille des amis. Et la poursuite de mes projets professionnels. Il y a les groupes de recherche, notamment sur la biologie de l'attachement, sur la résilience et la culture. Il y a un projet de Samu social à Moscou, pour les 400000 enfants des rues de la ville. Il y a mes doctorants, un peu partout dans le monde...

- Où vous imaginez-vous dans dix ans ?

- Toujours au bord de la mer, avec les enfants, les amis, les poissons, le vin blanc. Dans le Midi, nous sommes drogués à l'EPO: eau, pastis, olives... Cela ne m'empêche pas de me lever à 5 heures. Je travaille, et je fais la fête après.

- Vous projetez-vous facilement dans l'avenir ?

- Tout ce que je fais aujourd'hui, j'ai rêvé de le faire, enfant. Y compris l'éthologie, et les livres. Quand je serai grand, disais-je, je publierai un livre scientifique tous les deux ans et un livre grand public tous les deux ans. C'est mon rythme actuel.

- Qu'aurez-vous gagné, dans dix ans ? Et perdu ?

- J'aurai gagné de mieux comprendre encore le processus de résilience. J'aurai gagné des rencontres et des voyages. J'aurai perdu de ne pas vivre assez. On n'a pas le droit de perdre une minute de vie. Quant aux cheveux, ils sont perdus depuis longtemps... mais c'est un avantage : les hommes chauves émettent un signal tranquillisant, un supersignal de bébé, qui touche les femmes.

- Ces dix prochaines années, qu'est-ce qui va marquer votre domaine de spécialisation ?

- La neurologie, la biologie, l'imagerie vont continuer de confirmer certaines hypothèses fondamentales de Freud. Nous assisterons à la fin du conflit entre le divan et la pharmacie. J'en suis très heureux car, depuis le début, on m'a demandé de choisir mon camp et j'ai toujours refusé.