La vie est un jeu dans lequel ce qui n’est pas
est plus important que ce qui est
(Werner Ehrard).

Le tautisme est un autisme tautologique qui fait de la fiction une réalité agissante, sourde à tout ce qui n'est pas elle-même et qui ose remplacer l'hypothèse par l'affirmation. La puissance actuelle des média fait que le monde est au bout de nos yeux. Il nous suffit de le contempler depuis notre salon pour que nous ayons l'impression de le posséder et de le dominer. De fait, c’est lui qui nous écrase "à l'insu de notre plein gré" (la phrase de Coluche est drôle parce qu'elle est juste). Désormais, la représentation n’est plus expressivité mais pouvoir. « Tous n’entrent en contact qu’avec eux-mêmes », écrit Sfez. « Autisme tautologique par lequel on répète interminablement la même cérémonie abstraite. Autisme totalisant par lequel nous sommes dilués dans l’absolu du monde, faute de nous être séparés de lui pour le comprendre. »

Lucien Sfez a particulièrement bien choisi son mot car il évoque par assonance la totalité, la vérité totalisante et le totalitarisme. Il nous rappelle que la machine sociale qui prétend nous fournir le savoir, la technologie et le bonheur ne communique qu’avec elle-même. C'est l'ouroboros des alchimistes, singé, revu et corrigé par la science et la technique. Par nature le tautisme véhicule de façon latente une critique de la société qui empêche l’individu, en pensant à sa place, de voir et de savoir vraiment. La réalité devient par ce biais une notion sans contenu qui cède le pas à la représentation du réel. Cette pathologie de la modernité nous jette à la figure, de plein fouet, la société du spectacle mais nous refusons (sciemment ?) de nous en apercevoir. L’individualisme contemporain est un leurre qui n'empêche pas le système de fabriquer des clones. Nous sommes victimes d'un naufrage au cours duquel chacun tente de survivre sur son île déserte en attendant la manne idéologique. La langue de bois nous interpelle sans parvenir à nous rassurer. Nous savons maintenant pourquoi rien ne va plus. Il subsiste cependant une question : existons-nous vraiment ?

[sur une demande de Wissem]