Coruscant
Par le gardien le lundi 9 avril 2007, 00:00 - Singumots - Lien permanent
Au figuré on parle de "style coruscant". Il s'agit d'une langue décadente, ornée, dans laquelle l'auteur recherche le mot rare, la tournure précieuse. Ce maniérisme décoratif eut particulièrement cours à la fin du XIXe siècle. Voyez comment le terme fut lui-même employé (ou coruscation, le substantif correspondant) par des auteurs dont, justement, le style peut être qualifié de coruscant ...
Journal des Goncourt :
Samedi 9 septembre. Visite de la maison de l'illustre couturier Worth, à Puteaux. Partout aux murs des assiettes de tous les temps, de tous les pays. Mme Worth dit qu'il y en a 25 000, et partout, jusqu'au dos des chaises, des larmes de cristal. C'est le délire du tesson de porcelaine et du bouchon de carafe. Le possesseur de ce logis, ressemblant à l'intérieur d'un kaléidoscope, revient, le soir là dedans, incapable de manger, incapable de jouir de son étonnant et coruscant immeuble, migrainé par les odeurs et les senteurs des grandes dames, qu'il a habillées toute la journée.
Joris-Karl Huysmans, écrit dans A rebours :
Comme le disait des Esseintes, jamais, à aucune époque, l'aquarelle n'avait pu atteindre cet éclat de coloris ; jamais la pauvreté des couleurs chimiques n'avait ainsi fait jaillir sur le papier des coruscations semblables de pierres, des lueurs pareilles à des vitraux frappés de rais de soleil, des fastes aussi fabuleux, aussi aveuglants de tissus et de chairs.




Commentaires
Le mot lui-même est une babiole coruscante que nous posons délicatement sur nos papilles gustatives pour le rechercher au bout de notre langue. Inemployé, inutile en cette époque de MMS, fragile aussi, étincelle d'une phrase, il porte à l'incompréhension lors de son utilisation dans un environnement banal. Trop précieux pour être honnête, coruscant brille par son absence dans la langue du XXIème siècle.
il ya aussi la planète fictive ...
[Le gardien : je connaissais son existence mais, n'étant pas un spécialiste de la G.D.E., je me suis abstenu. Merci de ce complément.]
À noter que le verbe latin _corusco_ ne signifie « briller, étinceler » que quand il s'agit des astres ou de l'éclair. Le sens général est « s'entrechoquer » (cime des arbres) ou « cosser » pour des animaux qui se heurtent de la tête.
J'aime bien l'idée de mots qui se cossent dans le style coruscant …
Huysmans emploie coruscation (du latin coruscatio, éclat; de coruscare, briller) N.f.Eclat vif et soudain: la coruscation d'un météore. Aussi: Eclat fugitif que jette l'argent pendant la coupellation ( opération ayant pour objet de séparer les métaux contenus dans l'argent ou l'or) au moment où il passe de l'état liquide à l'état solide.
C'est passionnant cette initiation aux secrets de la coruscation. Merci.
Chorus quand? Chorus pas...
Coruscant me fait penser à quelque chose de très urticant... L'autre jour, Burbura, le dogue anglais de Charlie, en rongeant tranquillement son os s'est brulé la langue avec des chenilles processionnaires du pin qui se baladaient dans la pelouse. (Un vrai poison même à dose faible, attention avec les enfants) La chienne a survécu de justesse et a perdu une partie de sa langue. Voilà à quoi me fait penser "coruscant", un truc terriblement agressif.
A part ça, Coruscant est une planète centrale dans l'univers de la Guerre des étoiles.
Surnommée « le Pivot » ou encore « le Joyau des Mondes du Noyau », elle est située près du centre de la galaxie, en bordure du Noyau, c'est la capitale de la République Galactique, puis de l'Empire Galactique et enfin de la Nouvelle République après la chute de l'Empire. Probablement le berceau de l'humanité, ce monde a de tout temps été le centre névralgique de la galaxie. Elle se trouve aux coordonnées 0-0-0 dans le repère spatial galactique, à l'intersection des plus grandes routes commerciales.
Bonjour, j'ai rencontré au cours d'une lecture la forme "coruscance" ("la coruscance de l'écriture d'un pamphlet") : est-ce une mauvaise dérivation depuis l'adjectif qui a conduit l'auteur à forger ce substantif ou bien est-il attesté ailleurs ? Merci de votre réponse .
Le mot n'est pas dans les dictionnaires mais ce néologisme semble utilisé.
L'auteur le plus audacieux dans le style coruscant fut la poétesse parnassienne Aurore-Marie de Saint-Aubain (1863-1894). Dans son roman le Trottin (1890) au chapitre XIII, à propos de ses collections de mannequins de fillettes de cire, vêtues à l'ancienne, on lit : "Cela procurait l'illusion d'ensemble de poupées pourrissantes de trois-quatre siècles, avec çà et là une touche, une nuance fœtale attardée, horrible, de momies d'enfants gaufrées, et gainées dans un vernis préservateur altéré et craquelé de tableautin antique, tel un vieux cuir de Russie.