Veillez à ne pas lâcher votre savonnette quand vous êtes sous la douche, il
y va de l'avenir de l'humanité. Ça n'a l'air de rien, mais avez-vous songé à la
quantité d'eau qui coule pendant que vous la ramassez ?

Faisons un petit calcul, et encore nous
n'allons prendre en compte que les gens propres. Pour ne vexer personne
choisissons, au hasard, les français. Admettons que la moitié d'entre eux
prenne une douche tous les jours. C'est réaliste, non ? Le débit moyen d'une
douche est de 15 litres/mn. Le temps pour ramasser une savonnette est à peu
près de 10 secondes. Si chacun de ces trente millions de français laisse
échapper sa savonnette une fois - c'est plausible, n'oublions pas qu'ils
viennent de se réveiller -, la quantité d'eau répandue inutilement est de 1, 5
litre. Ça fait un gâchis de quarante-cinq millions de litres par jour, 45.000
mètres cubes si vous préférez, pour l'ensemble du pays, soit près de 16,5
millions de mètres cubes par an. Bref, le bilan est plus que lourd. Et encore,
imaginez ce que ça donnerait si nous appliquions certains correctifs à ce
calcul un peu trop brut : le temps de ramassage devrait être revu à la hausse
si nous tenions compte du nombre de personnes qui n'ont pas encore émergé de
leur cauchemar au moment où elles passent sous le pommeau, de celles qui
prennent leur douche dans le noir, de celles qui somnolent sous l'effet
bienfaisant de la chaleur, de celles qui ont du mal à se baisser à cause d'une
sciatique, de celles qui font des contorsions pour ne pas se mouiller les
cheveux, de celles qui s'assomment au passage sur le mélangeur, de celles qui
prennent leur douche à deux, de celles qui ont déjà démarré au gros rouge, sans
compter les radins qui se lavent avec un résidu de savonnette, les malchanceux
et autres maladroits qui la laissent échapper à plusieurs reprises, les
personnes qui glissent en ramassant l'objet farceur, de celles qui ont du mal à
le repérer car elles ne savent pas où elles ont mis leurs lunettes, les
personnes pour qui l'abdomen constitue un écran douillet qui les empêche de
rétablir l'ordre à bord, celles qui sont surprises par un éternuement (ou pire)
au moment de se baisser, celles qui sont déconcentrées par la sonnerie du
téléphone ou un cri du genre "Tu as encore mis de la mousse à raser sur ma
brosse à dents !", celles qui se font assassiner par un cinéphile amoureux. Ce
n'est pas tout : il faudrait encore calculer le surcoût global à environ 3
euros le mètre cube d'eau, les frais d'épuration générés par la savonnette
indocile, et la facture de gaz qui augmente à cause des calories perdues.