La présomption est notre maladie naturelle et originelle.
La plus calamiteuse et frêle de toutes les créatures,
c'est l'homme, et quant et quant [et en même temps]
la plus orgueilleuse (Michel de Montaigne).

Quelques repères

Aristote, philosophe que l'on considère comme le père de l’histoire naturelle, a lancé le concept d'anthropocentrisme en plaçant l’homme, cet « animal raisonnable », au sommet de la hiérarchie des espèces. La religion a une attitude similaire. La Bible affirme (Genèse, I, 24-25) : "24 - Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce et il en fut ainsi. 25 - Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce et toutes les bestioles du sol selon leur espèce, et Dieu vit que cela était bon." La tradition populaire a également versé une importante pièce au dossier en perpétuant la peur de la bestialité sur le thème du loup-garou. L’animal comme folie de l’homme : il y avait du terrain à regagner avant d’en arriver aux Droits des animaux...

Pour en finir avec l’anthropocentrisme

Dans la mesure où l’homme a décidé, un jour, de partir à la conquête de la terre, on peut comprendre qu'il se soit laissé tenter par l’anthropocentrisme.

Ce système est-il, pour autant, légitime ? De même que le géocentrisme de Ptolémée a cédé, au fil des siècles, le pas à l’héliocentrisme sous les coups de boutoir de Copernic, Kepler, Galilée et de quelques autres, de même l’anthropocentrisme doit cesser, en tout cas avoir un rôle plus modeste dans l’univers. Certes, l’enjeu n’est pas le même puisque la validation de l'héliocentrisme fut l’aboutissement d’une analyse scientifique, alors que l’abandon de l’anthropocentrisme systématique ne peut venir que d’une réflexion sur nous-mêmes. Il y va de l’intérêt supérieur des animaux, façon Bardot, mais aussi de celui de la nature, et plus égoïstement, mais c’est peut-être ce qui va tout déclencher, de notre propre intérêt. Toute considération religieuse mise à part c’est notre prétention à être les maîtres du monde qui nous place artificiellement au sommet de la création.

L'anthropocentrisme est-il naturel ou artificiel, prévu par l’ordre du monde ou usurpé ? Montaigne l'a refusé. Descartes, qui considérait les animaux comme des machines, en est resté très proche. Voltaire l'a épinglé. Charles Darwin (1809-1882) lui a porté un sérieux coup de boutoir en inscrivant l’homme dans la continuité de l’évolution. Sa découverte annule un bon nombre de différences entre l’homme et l’animal, même s’il subsiste des questions de degré dans certains domaines (réflexif, artistique, émotionnel, conscience de soi, libre-arbitre, etc.). L’absence de langage articulé n'est pas un argument : comme le suggérait Talleyrand, « la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée », elle ne saurait être un signe d’humanité.

*Cochon
Provenance du dessin : le site Pink Pig Page.
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La culture, en tout cas le savoir acquis, existe chez les non-humains. Donnons-lui, sans idéologie, sa véritable place sur cette planète, car l’exclusion est arbitraire et stérile. Elle nous empêche de voir certaines de nos réalités.

[Retrouvez ce billet dans
L'Almanach 2010 du Garde-mots
]