La cousinade

Le concubinage et le cocufiage ne diffèrent que sur un point : le nombre des mensonges. L'essentiel, comme le prétend l'usage contemporain, est de couchailler à droite et à gauche sans se soucier de la conjugalité, de s'acoquiner avec les créatures les plus fantasques jusqu'à en être satisfait ou repu. "Viens que je te bouillave, déclare-t-on aujourd'hui, sans autre forme de désir. Selon certaines règles non écrites, le fornicateur doit posséder une aptitude orgasmique à toute épreuve et, quand la conversation s'y prête, affirmer à qui veut l'entendre qu'elle est, chez lui, régulièrement assouvie. À chaque partenaire une nouvelle chatouille, une papouille inédite, une gratouille éprouvée, un trait émoustillant. Il faut, à tout moment, inventer des caresses modulaires. Celui qui se livre sans retenue à la dégustation orgiaque, au coquinage branchouillé, à l'amour souterrain, fait l'admiration de ceux qui se vantent autant que lui. Certains connaisseurs optent pour l'émulation chaotique, d'autres pour des soulignages formels et convenus. Ils sont capables de pratiquer l'urolagnie à droite et le fétichisme à gauche puis de rentrer innocemment chez eux tels des boucaniers en maraude, après avoir écumé les soirées coûteuses et croustillantes des aoûtiens en mal de supplément copulatoire. Sur le chemin du retour ils affouillent dans le silence ouatiné de leur mémoire les images de dénudation qu'ils ont arrachées à la fournaise libertine. Ils reviennent en toute couardise au logis un instant délaissé avec le sourire épanoui des gargouilles pendant l'orage. Ils préparent en chemin des arguments sans consistance qu'ils débitent d'une voix assourdie, démontrant ainsi qu'ils ne sont pas vraiment passés maîtres dans l'art de la persuasion.

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