Le Garde-mots

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lundi 14 février 2011

Orfraie

Dessin d'Ydel

Merci au dessinateur Ydel pour cette illustration.
Pour afficher l'ensemble de ses contributions au Garde-mots cliquez sur l'image.
Bientôt on ne dira plus "un dessin d'humour" mais "un Ydel".


Aigle à queue blanche, appelé également aigle de mer, huard, huart, aigle barbu, pygargue à tête blanche. De l’ancien français orfres, dérivé de osfraie, lui-même du latin ossifraga, qui brise les os.

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vendredi 12 février 2010

Mimesis

Nom féminin. Représentation de la nature au moyen de l'art. Ce terme est déjà employé dans ce sens dans La République de Platon et la Poétique d'Aristote. Il ne faut pas le confondre avec mimétisme, la tendance à imiter les gestes et attitudes, qui concerne le domaine  comportemental.

Mots voisins : ekphrasis (description littéraire, vive et complète d'une œuvre d'art),  poiesis (création). Antonyme : diégèse (qui consiste à raconter au lieu de montrer). 

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lundi 30 mars 2009

Courcaillet

Cri de la caille. C’est aussi le nom de l’appeau avec lequel on attire les cailles en imitant leur cri. Étymologie : de cour,  à valeur onomatopéique, et caille.

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vendredi 4 avril 2008

Haut vol

L'oiseau-prunelle
Fait un vol
A dessiner le temps

L'oiseau-regard
Dans sa robe de pluie
L'accompagne
D'une aile morte

L'oiseau-miroir
Heureux-malheureux du voyage
Dévore leur froide nudité


Émoticône livre
Au plus clair
Du rêve
Mes amis les oiseaux
Sont des mots en liberté

En plein désir
Ils écrivent
Le temps

Puis ils s'évadent
Et c'est l'éternité de la parole


Mille émoticones
Ce poème est dédié à tous les visiteurs du Garde-mots, connus ou inconnus, fidèles ou de passage. Ils fréquentent en grand nombre mon dictionnaire subjectif, dont c'est aujourd'hui le troisième anniversaire.

vendredi 15 juin 2007

Manducation

Mot qui désigne l'acte de manger et ses quatre phases : préhension des aliments, mastication, sécrétion salivaire, déglutition. Du latin manducare, manger.


[pour Joël qui a imprudemment demandé ce mot]

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vendredi 25 mai 2007

Jargon

Terme péjoratif, voire polémique, qui qualifie un langage inintelligible. Il peut s'agir :


    • du langage propre à un groupe socioculturel, difficilement compréhensible pour les non initiés, et dont le fameux référentiel bondissant est un exemple désormais classique. Il a des fonctions économiques (mieux décrire les réalités propres à ce groupe) et identitaires (il induit la complicité et la cohésion). D'ailleurs au Moyen Âge le mot "jargon" désignait la langue secrète des malfaiteurs.
    • du langage formé par l'interférence de plusieurs langues.
    • du langage employé par quelqu'un qui a une connaissance imparfaite d'une langue.

Synonymes : amphigouri, argot, bafouillage, baragouin, bigorne, bredouillage, charabia, galimatias, javanais, jobelin, langue verte, largonji, louchebem, narquois, patagon, patois, pidgin, sabir, technolecte, tortillage, volapük.

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vendredi 31 mars 2006

Pihi


Oiseau qui n’a qu’une aile.

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samedi 25 mars 2006

Coquecigrue


Oiseau imaginaire et ridicule, d’où, par extension, le sens d’illusion, chimère, baliverne. La tentation est grande de faire venir ce mot de coq, cigogne et grue, mais cette origine n’est pas attestée.

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lundi 30 janvier 2006

Alectriomancie


Divination en usage chez les Grecs anciens. Ils utilisaient un coq placé au centre d'un cercle ou d'un carré divisé en 24 cases, portant chacune une lettre de l'alphabet et un grain d'orge ou de blé. L'interprétation était faite selon l'ordre du picorage. On obtenait ainsi un mot qui était considéré comme la réponse à ce qu'on voulait savoir. Du grec alektrios, coq et manteia, prédiction.

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samedi 20 août 2005

Le passage


Une grille vient de tomber entre mon regard et le monde. Ça fait mal, très mal. Pas à mes os, ni à mes muscles, je ne sais même pas si j'en ai. Il faudra d'ailleurs que je m'en préoccupe. Une prostituée ou un médecin pourraient me dire si j'ai une chair et si elle fonctionne normalement. Cette grille fait mal au rêve dans lequel je m'invente. Je suis derrière des barreaux alors que je me croyais libre et sans attache. Certes ce n'est que la grille d'un magasin. Vers sept heures, le libraire, qui n'avait plus de clients, a rangé le livre qu'il feuilletait, puis fermé boutique sans prendre garde à ma présence. Je n'avais pas vu passer le temps, cette notion que personne n'explique de façon claire et qui, pour le moins, m'est indifférente.

Je pourrais appeler, mais qui m'entendrait ? Aucun téléphone, portable ou filaire, ne me permettrait de réclamer du secours car je n'ai pas de voix. Je suis un pur esprit.

La nuit passera vite si, grâce à la littérature, j'arrive à oublier de me plaindre. Que m'importe d'être seul ? Je ne suis pas enfermé dans une boucherie dont j'aurais mal supporté la propreté factice. Ici, au moins, je peux, au petit bonheur des livres, apprivoiser le monde, découvrir une autre réalité que la mienne, soulever discrètement le voile de l'absolu. Vais-je m'attaquer à Molière, Voltaire, Hugo ou Eric-Emmanuel Schmitt ? Dévorer un dictionnaire ? Commencer par un livre sur la musique celtique ? Une bande dessinée pour adulte ? Une chose est sûre, je ne toucherai pas à la philosophie.

J'ai trouvé: Jacques Prévert. Paroles. J'aurais dû le lire depuis longtemps.

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...

J'aime les oiseaux. Si ça avait été possible je les aurais inventés. Mais pourquoi une cage ? Un oiseau a droit à la plénitude de son vol.

Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider

Il a raison. Il se méfie. J'aurais dû en faire autant.

Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau

Ma cage ressemble à celle de l'oiseau. Sauf qu'elle est lourde de tous les rêves humains. Elle m'attendait au fond du passage.

Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau

Cet oiseau, c'est un peu comme le savoir. Il arrive quand il veut, il part si on l'effarouche et il faut apprendre à l'oublier lorsqu'on veut en faire son complice.

Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter

Prévert n'est pas seulement un scénariste pour sortie de guerre mais surtout un poète à l'épreuve des âges. Son oiseau, c'est un peu moi. Si je pouvais chanter je choisirais d'ailleurs un nom italien: Farinelli … Pavarotti… Toto Cutugno… Plutôt Paolo Conte. Ça sonne bien.

Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer

J'entends chanter l'oiseau. Prévert, il faut que je te rencontre. Je te montrerai le silence. Je te ferai entendre les couleurs. Je t'apprendrai à lancer tes mots aux quatre coins de l'univers.

Alors vous arrachez tout doucement une des plumes de l'oiseau et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Que dois-je écrire ? C'est difficile de signer quand on n'a pas de nom. Après tout je ne suis qu'une ombre. Un être sans forme ni atomes, né du projet numérique de Dandylan, le photographe du passage Ponceau. Ma mission est de l'aider à voir, à cadrer la réalité jusque dans ses dimensions cachées. Dan, je te laisse à tes images. Si un jour tu as besoin de moi, mets dans ta vitrine une photo de coquelicot. Je comprendrai. Je t'apporterai des nouvelles de la lumière et de Prévert.

Mes pensées sont en décalage. Elles vont bientôt s'arrêter. D'un simple mouvement de paupières voici que je quitte la librairie, le passage et ma douleur. Il n'y a plus de grille. Je remonte dans mes étoiles. Rassure-toi, Dan. Le petit matin se lèvera tout aussi bien sans moi.



[Retrouvez ce billet dans L'Almanach 2009 du Garde-mots]