Le sommeil est une aventure essentielle à la
qualité de la vie. Sa production originale, le rêve, n'est pas une fuite mais
une expérience fondatrice qui pose habilement la question du réel. On peut le
comparer au théâtre ou au cinéma en ce sens qu'il est l'objet d'une convention
: celle de faire semblant que tout ce qu'on voit arrive réellement, tout en
sachant qu'une instance en nous, doit impérativement y croire pour que
l'ensemble fonctionne. C'est un moyen de déguiser mais aussi d'aiguiser le
désir, de le rendre licite. Il est créateur de symboles et, à ce titre, il est
essentiel à la vie psychique, avec sa part d'abandon et ses évasions vers un
ailleurs inspiré. C'est l'intelligence du monde.
Le rêve n'est pas imaginaire. C'est une métaphore de la vie, une fausse naïveté
qui tente de nous entretenir, à tous les sens du terme, et en même temps une
réalité agissante. Bien que l'homme s'interroge à son propos depuis toujours,
il n'est pas complètement à nous. Certes, il s'agit d'un instrument de
connaissance des êtres humains, en tout cas sur le plan collectif. Sur le plan
individuel il appartient à chacun de décider s'il faut seulement le considérer
comme une aventure amusante, un détour, un luxe, ou s'il recèle des germes de
ce vers quoi nous tendons.
Que faisons-nous de nos rêves ? Chacun répond pour lui-même à cette question
qui ne relève pas de la culture mais de l'aventure personnelle. Ami, passage
obligé ou énigme, lourd, invincible ou léger, enrichissant, le sommeil relève
du domaine privé. Le rêve est le langage du désir, de la souffrance déguisée
mais aussi de l'accomplissement.